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"Tu veux ou tu veux pas": interview écrite de Patrick Bruel

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Formant un binôme insolite avec Sophie Marceau dans le dernier film de Tonie Marshall, Tu veux ou tu veux pas, une comédie de mœurs dans laquelle Patrick Bruel s’est amusé à interpréter un ancien pilote d’avion, dépendant sexuel devenu abstinent depuis un an et testé de manière assidue par sa nouvelle collaboratrice. De passage à Bienne quelques jours avant l’ouverture de la 10ème édition du Festival du Film Français d'Helvétie de Bienne, Patrick Bruel nous a accueillis, apparaissant aminci et fatigué. D’emblée, il avoue faire un régime strict fait de poissons et de légumes, s’octroyant le luxe d’un fruit dans l’après-midi, afin de se mettre en condition pour une future tournée de concerts et son prochain tournage. Quelques jours après son concert-jubilée dans l’immense stade de Lilles, rencontre dans une suite calfeutré d’un hôtel biennois.

Sophie Marceau et vous avez souvent failli vous retrouver sans que cela aboutisse.

Avec Sophie Marceau, on a beaucoup de rendez-vous manqués. J’ai passé tous les essais jusqu’à la finale. Je les faisais rire mais je suis arrivé face à Pierre Cosso qui est un beau mec avec ses yeux bleus. On a failli se croiser de nombreuses fois mais soit Sophie refusait le rôle, soit je le refusais. Quand Tonie Marshall m’a proposé le rôle, je lui ai suggéré de proposer Sophie Marceau. Tonie n’osait pas lui soumettre le scénario mais j’ai insisté. Je crois que le public a envie depuis très longtemps de nous voir former, Sophie et moi, un couple au cinéma. Elle joue une nymphomane de rêve, elle est drôle, sexy.

Qu’est-ce qui compte le plus pour vous sur un tournage?

Ce qui compte le plus dans la vie. Faire de mon mieux et me dire, en me couchant, je suis fier de ce que j’ai fais aujourd’hui.

Comment s’est passé ce tournage avec Sophie Marceau?

Tous les rôles quel' on interprète comporte quelque chose qui ramène à notre bagage personnel. Quand on arrive sur un tournage, c’est une mise en forme, un échauffement. Avec Tonie Marshall, tout est très cadré, il n’y a pas de place à l’improvisation mis à part la scène dans laquelle Lambert dit à Judith qu’il va lui faire la faveur de tirer un coup vite fait, debout contre le mur, pour lui rendre service. Sinon, cela m‘a amusé d’avoir Sylvie Vartan comme mère dans le film; je la connais depuis longtemps, elle a un côté décalé très amusant.

Dans le film, Judith fantasme sur Lambert en l’imaginant marchant devant elle, nu; c’est, malheureusement pour vos inconditionnels fans, une doublure qui joue cette scène. Pourquoi?

J’aurais été très heureux de tourner cette scène. Ah! Je suis content que vous ayez remarqué qu’il ne s’agit pas de mes fesses. On a choisi de prendre une doublure en pensant qu’il serait impossible de me faire tourner nu à quatre heures de l’après-midi dans les rues de Paris sans créer une cohue. On a recouru à cette doublure sans me demander mon avis. C’est très désagréable pour un acteur d’être doublé, on n’aime même pas se faire doubler une main.

Votre filmographie dénote des rôles très variés; cette diversité vous est-elle essentielle?


Oui,  j’en ai le désir. Ce n’est pas suffisant. Ma palette est beaucoup plus large, je pense que je peux faire beaucoup plus de rôles encore. Déjà enfant, j’amusais la famille lors des réunions en donnant un spectacle. Tous les membres de ma famille réunie assistaient, sans mot dire, à mes prestations mais ils ont été très heureux quand le public a pris le relais. J’ai besoin de diversité, de me renouveler; je passe du cinéma au théâtre, à la chanson et ces changements sont vitaux pour moi.

Allez-vous vers les cinéastes ou attendez-vous qu’ils viennent à vous?

Il faut aller vers les autres, je préfère qu’on vienne à moi. Malheureusement, ce n’est pas dans ma nature. Je n’ose pas tellement prendre le téléphone et solliciter un metteur en scène. Le cinéma est pour moi un espace de liberté totale dans lequel je ne mets aucune contrainte. Je ne suis pas un dilettante. Je ne suis pas un acteur qui chante ni un chanteur qui joue la comédie. Par contre, depuis que j’ai des enfants, ils sont ma priorité. Pour les vacances de novembre, j’ai bloqué deux semaines pour m’occuper de mes fils, aller à la montagne, passer tout mon temps avec eux. Quand on devient parent, on doit savoir jongler. Si on veut être créatif, il faut vivre.

Toujours en mouvement, aspirez-vous à un peu de sérénité?

Jamais je ne me dis que j’ai passé l’âge de faire ceci ou cela. Et puis, la sérénité, la sagesse, qu’est-ce que c’est? Je peux vivre des moments de tranquillité, mais être plongé dans une sérénité latente, non, cela ne m’intéresse pas. Moi, ce que je recherche, c’est à étirer le plus possible les moments de joie intense, que ces instants ne soient pas seulement des pics avant de retomber, mais qu’ils s’étendent et durent, durent. Ce sont les journalistes, qui me rappellent que j’ai déjà 55 ans. J’ai du mal à l’imaginer. Dans ma tête, j’ai l’âge des jeunes parents des copains de mes enfants. Pas plus, je ne peux pas le croire. Et encore moins quand je suis sur scène.

Dans le film de Tonie Marshall, Lambert finit par craquer sous les assauts de Judith; que pensez-vous des couples et des histoires d’amour?

Je pense que les histoires d’amour s’arrêtent parce que presque toutes les histoires d’amour finissent mal. Deux couples sur trois divorcent! Partant de là, je ne me suis pas si mal débrouillé: sept ans passés avec ma femme, cinq ans avec Céline [Bosquet, journaliste, ndlr]. Aujourd’hui, je vis une très belle relation depuis un an… Quand j’étais célibataire, j’en ai bien profité, c’est sûr, mais sinon, je ne suis pas un séducteur invétéré qui passe d’une fille à l’autre. Et puis, on peut aussi vivre de belles histoires très intenses qui ne durent pas longtemps. Quand cela devient moins fort, quand il y a moins d’échange, quand on n’est plus dans le «un + un = plus vite et mieux», à quoi bon persévérer? Je ne dis pas que la chute de l’intensité est fatale en soi, mais elle a de fortes chances de le devenir. Je suis sans doute un peu trop dans la passion, dans tout. Et en ce moment, ça me va très bien. Mais je pourrais changer d’avis, peut-être, un jour.

Quels sont les modèles qui ont compté dans votre vie?

Il y avait de l’autorité à la maison. Celle de ma mère d’abord, celle de mon grand-père, de mes oncles, puis celle de mon beau-père. Mais je vois en effet autour de moi des pères séparés qui n’osent pas l’exercer de peur de perdre l’amour de leur enfant au profit de la mère. Je pense que c’est un très mauvais calcul: c’est le meilleur moyen de perdre le respect et l’admiration. Outres ces personnes bien sûr, côté cinéma, mes modèles sont des acteurs comme Robert de Niro, Al Pacino.

Quels sont vos projets?

Je vais tourner dans quelques jours un film avec Isabelle Carré. Ensuite, je pars chanter au Royal Albert Hall, à Londres. Le 15 mars, je tourne un autre film, très beau mais je ne souhaite pas en dire plus.

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