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"Tu veux ou tu veux pas": interview écrite de Patrick Bruel

"Tu veux ou tu veux pas": interview écrite de Tonie Marshall

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Meilleur démarrage cette semaine en France, Tu veux ou tu veux pas confirme son statut de film-événement de la rentrée dans l’Hexagone. La principale raison d’un tel succès? L’affiche bien évidemment. Sophie Marceau, qui semble se magnifier toujours plus malgré les ans qui passent, et Patrick Bruel, au charme éternel, y forment un duo de charme et de choc à l’écran, en s’attirant les faveurs de leur public acquis à leur personne comme à leur carrière. Lors de la venue de la réalisatrice en Suisse pour le FFF de Bienne, en septembre, nous avons voulu en savoir plus sur le tournage et le fait de diriger de telles vedettes. Cela faisait six ans que Tonie Marshall n'avait pas tourné un long-métrage, le dernier étant Passe-Passe. Rencontre à Bienne, quelques jours avant l’ouverture de la 10ème édition du Festival du Film français d’Helvétie.

Vous êtes en Suisse à l’occasion de la présentation de votre dernier long métrage, Tu veux ou tu veux pas, durant la dixième édition du Film français d’Helvétie, à Bienne. Pourquoi avoir attendu six ans avant de faire un nouveau film?

A l'origine, j’avais développé le scénario de Tu veux ou tu veux pas pour une série adaptée à la télévision, avec des épisodes d'une durée de 26 minutes. C'est un format qui m'intéresse beaucoup pour la comédie, où on regarde de très près les personnages. Mon idée était de suivre deux handicapés des sentiments dont la libido partait dans tous les sens et qui se retrouvaient à devoir reprendre un cabinet de conseil conjugal. Mais là aussi, le projet a été abandonné par la chaîne et je me suis retrouvée avec un matériel riche et original qui m'a semblé transposable au cinéma.

J’ai failli faire un long métrage d’après l’adaptation de Voici le temps des assassins, un film de Julien Duvivier, sorti en 1956. Je l’avais écrit pour Gérard Depardieu. Lorsque nous étions à quatre semaines du début du tournage, Gérard y a renoncé. Je crois que c’était trop lourd pour lui car il était dans tous les plans de ce projet, il ne voulait plus de cela. Comme ce n’était pas une comédie, j’ai eu du mal à trouver le financement et on ne payait pas Gérard la somme qu’il voulait. J’avais travaillé deux ans sur ce film qui s’est annulé. J’ai aussi travaillé sur la deuxième saison de Vénus et Apollon, qui est une série, ce qui prend du temps, mais le gros avantage des séries, c’est que l’on peut développer les personnages comme tout repose sur eux puisqu’on n’a moins d’argent. J’ai aussi produit le premier long métrage de Frédéric Mermoud, qui est suisse, Complices. Le temps de finir le scénario, de trouver le financement, d’attendre que les acteurs soient libres, cela prend du temps, c’est contraignant. J’ai aussi beaucoup joué au théâtre, entre autres avec Arditi et Berléand, ce que j’ai adoré car c’est un régal de jouer avec ces deux comédiens. J’adore alterner les plaisirs entre réalisation, jeu et théâtre.

©Guillaume PerretVous vous êtes retrouvée à diriger les deux plus grandes vedettes du cinéma français actuel; comment avez-vous abordé cette expérience?

Je ne me l’étais jamais dit comme ça. Je n’ai absolument pas fonctionné comme ça. Et même une fois que c’était tourné, fini, je ne m’attendais pas à cet élan du public. Le vrai public, celui qui est dans les salles, en province. Lors des avant-premières, les gens ont parfois fait la queue pendant quatre heures pour avoir une chance d’assister au film, et à la fin de la projection, certains posaient des questions la voix brisée par l’émotion. C’était incroyable.

Avez-vous songé immédiatement à ces deux acteurs pour former le duo de votre film ?

On ne se connaissait pas très bien. J’ai dû proposer un ou deux projets à Sophie il y a longtemps, et ils ne s’étaient pas faits. Et Patrick, je l’ai rencontré à Cannes, au moment de Venus Beauté je crois. On a déjeuné ensemble, et on n’a parlé que de poker: il m’a raconté comment il était devenu champion, et comment l’année d’après ou deux ans après, il a perdu. Je ne parlais pas au chanteur ou à la star, mais au passionné. En plus, il adore le foot et moi aussi, ce qui nous a rapprochés. Je suis ensuite allée voir un concert de lui au Casino de Paris, c’était un petit concert par rapport à ce qu’il peut faire dans les grandes salles, il était seul sur scène avec sa guitare, mais malgré ça, une fille dans le public a enlevé son pull et son soutien-gorge qu'elle a fait tournoyer comme un lasso avant de l’envoyer sur les genoux de Patrick. C’était fou! Je n’en revenais pas.
On se dit alors: «Mais comment ce mec reste-t-il normal?» Or, il reste à peu près normal, malgré cette espèce de folie autour de lui. On s’est ensuite revus et quand j’ai imaginé le personnage de Lambert, ce mec qui a beaucoup baisé et qui veut devenir abstinent, j’ai pensé que ce serait amusant de voir Patrick dans ce rôle, vu la réputation de séducteur qu’il a. Il a lu le scénario et m’a rappelée. Ça lui a tellement plu qu’au téléphone, il m’a dit: «Bonsoir, c’est Lambert!» Quant à Sophie Marceau, j’ai beaucoup hésité avant de proposer lui le rôle de Judith, mais Bruel m'encouragea, et il fit bien, puisque cette dernière accepta aussitôt. J’avais trouvé mon couple idéal pour ce film!

Au Festival d’Angoulême, lors de l’avant-première, vous avez dit que c’était un miracle d’avoir pu rassembler ces deux acteurs…

Oui, on a eu un petit créneau miraculeux. Les deux ont des emplois du temps surchargés. Patrick était en tournée, et de toutes façons, il fait 45'000 choses, il a plusieurs vies. Donc dès qu’il a cinq minutes, c’est occupé. C’était une difficulté qu’il fallait surmonter. Sophie pouvait dégager un peu plus de temps pour le tournage, mais on a quand même dû tourner vite et peu. J’étais parfois un peu affolée parce qu’il n’y avait pas beaucoup de plans: en fin d’après-midi, il fallait lâcher Patrick qui allait chanter je ne sais où. C’est un film que nous avons fait en urgence.

©Guillaume PerretComment s’est passé ce tournage?

Les tournages de comédie sont souvent tendus. On n’est pas dans la crispation, mais il faut que ce soit rythmé parce qu’il y a beaucoup de rôles secondaires. J’explique à chaque fois à quel point c’est compliqué d’avoir des acteurs qui représentent beaucoup dans le film, mais qui viennent seulement pour une demi-journée. Ils doivent faire tout leur rôle entre 9h30 et midi. Pour eux, c’était très difficile parce qu’ils se retrouvaient face à Patrick et Sophie, deux grandes stars, qui, elles, sont là tous les jours. Comment on arrive à les faire travailler, à les décontracter suffisamment pour que ça marche? Il faut que tout soit bien en très peu de temps. Mais je sais que Patrick et Sophie ont été ravis de tourner toutes les scènes avec les patients de cabinet parce c’étaient des échanges riches, c’étaient des moments très agréables. Tout était écrit, très cadré pour les acteurs mis à part une seule scène dans laquelle Patrick a improvisé ; comme c’était drôle et bienvenu, je l’ai laissé faire.

Pourquoi avoir sollicité une doublure pour la scène où Patrick marche, nu, de dos, dans les rues de Paris?

Il n’y a pas vraiment de scènes intimes. Mais avec Patrick, tourner dans la rue, déjà, c’est extrêmement difficile à gérer. Il faut faire taire les 250 personnes agglutinées là, il faut sans cesse demander le silence parce qu’on entend des «Patriiiiick» au milieu d’une scène, on doit couper, reprendre. Patrick Bruel, nu? Ce n’est même pas envisageable! On a donc pris une doublure. Il était inimaginable de tourner, en plein après-midi, dans les rues de Paris et de faire marcher Patrick nu. Cela aurait créé un émeute. Déjà ici, à Bienne, je peux envisager d’aller visiter la ville et y faire un tour à pieds après les interviews sans problème si j’y vais seule! Mais accompagnée de Patrick, même dans une petite ville comme Bienne, ce serait l’émeute!

Vous avez écrit le scénario avec l’aide de jeunes scénaristes belges ; pouvez-vous nous en parler?

Durant l'écriture des rôles de Judith et Lambert, mes collaborateurs au scénario, de jeunes scénaristes belges que j’adore, Erwan Augoyard et Sophie Kovess-Brun, ont rencontré des thérapeutes conjugaux, pour se faire une idée du métier. Cependant, il faut savoir qu'un duo de thérapeutes en France est peu commun, contrairement aux Etats-Unis depuis Masters & Johnson. J’ai donc pris une certaine liberté dans le scénario par rapport à ça.

©Guillaume PerretVous retrouvez votre amie Sylvie Vartan ...

Durant ma carrière, j’ai déjà joué auprès de Sylvie Vartan, mais au théâtre, dans la pièce L'amour, la mort, les fringues. Sylvie a du caractère, elle peut être parfois totalement décalée, inattendue, tout en étant très chaleureuse et j'adore ça! J'ai pensé à elle très tôt pour le rôle de la maman de Patrick et quand il a accepté, l'idée d'associer les deux est devenue évidente.

Comment avez-vous élaboré les personnages, principaux comme secondaires?

Ce qui peut aider à construire un personnage est parfois d'ordre matériel. Ce fut en partie le cas pour Sophie Marceau, qui confie que le style vestimentaire de Judith (serré) l'a beaucoup aidé: il révèle véritablement ce que vous devez être à l'écran, comme il montre ce que vous êtes vraiment dans la vie. Judith est une femme qui se montre, qui s'offre donc elle s'habille avec une sorte de deuxième peau qui ne cache rien. Elle est très à l'aise avec son corps puisque son apparence, ses formes lui servent à communiquer. Ce style de vêtement n'est jamais vulgaire. Au contraire, c'est plein de couleurs et on y retrouve d'ailleurs celles de l'enfance, comme les bonbons acidulés, la grenadine ou la menthe fraîche... L’intrigue est simple: ils sont tous deux attirés l’un par l’autre, c’est une évidence mais chacun se pose des limites, cela complique toute l’intrigue. Même si l’aboutissement est connu, l’intrigue est emplie de péripétie, comme chez Marivaux ou chez Goldoni.

Vous accompagnez la sortie du film; êtes-vous sereine quant à l’accueil du public?

On va partout, on le défend, cela fait partie de la promotion Mais c’est le public qui décide au final. En province on a eu des retours formidables, le film est très aimé, les gens sont extrêmement émus par Patrick et Sophie. Il y a une espèce de lien indéfectible et puissant entre le public et eux. Je ne l’avais pas mesuré.

Comment avaez-vous abordé la thématique de l’addiction sexuelle au cinéma?

Cette thématique est assez à la mode au cinéma depuis quelques années. Abordée d'un point de vue dramatique et sombre, comme dans Shame, elle peut également être traitée de manière plus légère comme dans Thanks for Sharing ou dans mon film. Les femmes l’ont déjà fait! Elles sont souvent plus directes d’ailleurs. Pour elle, un chat est un chat. Et quand on discute de Tu veux ou tu veux pas, oui, il y a un certaine satisfaction de la part du public féminin, mais également masculin, à voir une femme prendre les initiatives, draguer, insister, avoir des pulsions. Comme Sophie le fait en plus d’une façon tout à fait irrésistible et pas gênante, ça plaît. Et effectivement, ça existe les filles qui prennent la main. C’est ce qu’elle dit à la fin: «Je me suis envoyée en l’air avec beaucoup d’hommes et je n’ai pas à culpabiliser.» Il n’y a ni provocation, ni morale dans le film. Mes deux jeunes co-scénaristes sont allés aux réunions de dépendants sexuels anonymes comme ils étaient moins connus que moins (rires). Je n’aime pas le mot d’addiction car il véhicule une souffrance. Je préfère parler d’handicapés des sentiments.

©Guillaume PerretAvoir une mère actrice, Micheline Presle, ça aide à mieux diriger les actrices?

C’est le fait d’avoir été actrice qui m’a aidée à mieux diriger les actrices. Et comme ma mère est à l’origine de mon envie de devenir actrice, alors oui. De même, quand les actrices ont été réalisatrices, c’est un rêve sur le plateau. Elles savent ce que c’est de gérer des acteurs. D’ailleurs, si je n’ai pas fait de long métrage pendant six ans, c’est aussi parce je jouais au théâtre. Quand on a soi-même joué, on sait ce qu’on peut demander ou non à ses acteurs: je ne leur demanderais jamais quelque chose que je ne suis pas capable de faire. Si je ne peux pas me mettre nue à un moment donné, je ne le demande pas aux gens que je dirige. Je sais ce que c’est. Je sais là où il faut faire attention. Quand on a été actrice, comme l’a dit Nicole Garcia: «On est du bâtiment.» Et maman en fait bien sûr partie aussi.

Quels sont vos projets?

J’écris un scénario pour un long métrage qui traite de la difficulté, en France, pour les femmes d’accéder au pouvoir. J’essaie de traiter ce sujet le plus équitablement possible. Un film de fiction avec un beau personnage et une intrigue intime, ce qui permet de compliquer le tout. C’est la troisième personne dans la hiérarchie de la direction; elle finit par accéder au premier rang, devant faire le double de preuves de ses collègues masculins. Ce film porte un regard critique sur la société française qui bloque toute ascension professionnelle pour une femme.

Photos: Festival du Film Français d'Helvétie (© Guillaume Perret)

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