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Locarno 2015: toute la couverture

Locarno 2015: Portrait d’Edward Norton, lauréat du Excellence Award

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Ce n’est pas si souvent qu’un acteur arrive à délivrer une performance inoubliable dans son tout premier film. C’est pourtant ce qu’a fait Edward Norton, alors âgé de 26 ans, dans Peur primale de Gregory Hoblit. Presque vingt ans plus tard, au moment où le festival de Locarno lui rend hommage avec le prestigieux Excellence Award, il est toujours aussi intense et fascinant, mais aussi doté d’un sacré sens de l’humour, comme le prouvent ses apparitions dans Les Simpson, sa double collaboration avec Wes Anderson (Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel) ou sa prestation hilarante dans Birdman qui lui valut une nomination à l’Oscar. Sa troisième, après Peur primale et American History X.

Norton est un acteur polyvalent, parfois «difficile», avec une certaine aversion pour la plupart des films mainstream : sa participation dans The Italian Job eut lieu uniquement à cause d’une contrainte contractuelle avec Paramount, il préféra ne pas jouer une deuxième fois le rôle de Bruce Banner/Hulk (lui-même dit que ce fut son choix) et il accepta d’incarner Will Graham dans Dragon rouge, paraît-il, seulement pour avoir les moyens de participer à un projet qui comptait plus pour lui. Ce projet est La 25ème Heure de Spike Lee, un des trois films projetés à Locarno dans le cadre du hommage à Norton. Ce long métrage de Spike Lee, sorti en 2002, est un portrait essentiel et douloureux de la ville de New York post-9/11 (on voit clairement Ground Zero, une première dans le cinéma de fiction américain), et l’odyssée intime d’un homme condamné. Norton est époustouflant dans la peau d’un individu qui en a marre, tout simplement, et aurait mérité tous les prix du monde rien que pour la séquence du miroir, où il dit très explicitement ce qu’il pense de sa famille, ses amis, sa ville, tout.

 Ce film-là est sorti trois ans après Fight Club, le chef-d’œuvre de David Fincher qui reste drôle et horrifiant seize ans plus tard. Bien que beaucoup de l’attention, au niveau du jeu des acteurs, ait été réservée pour Brad Pitt, grandiose dans le rôle de l’incarnation du nihilisme pur, Norton n’est pas moins impressionnant en homme soi-disant «normal», passif, frustré. Un contrepoint fondamental à l’énergie débordante de Pitt, avec qui il forme un duo magnifiquement mémorable. Ils aiment d’ailleurs nous rappeler que, lors de la projection du film à la Mostra de Venise en 1999, alors que le public ne savait pas comment réagir, ils se regardèrent et dirent, ensemble : «C’est le meilleur film de ma carrière». On est plutôt d’accord sur ce sujet.

 L’hommage de Locarno est complété par un des chapitres les plus méconnus de la filmographie de Norton : Le voile des illusions de John Curran, sorti en 2006 aux Etats-Unis et inédit en Suisse romande. Cette adaptation d’un roman de William Somerset Maugham, avec un récit centré sur l’infidélité (l’épouse trompeuse est jouée par Naomi Watts), est un produit pas inintéressant, mais peut-être pas le meilleur choix pour cette petite sélection, qui aurait bénéficié plus d’un film capable de montrer le côté comique de l’acteur (oui, Fight Club fait rire, mais pas de la «bonne» manière). Pourquoi pas un Moonrise Kingdom, ou sa réalisation Au nom d'Anna (avec Ben Stiller), ou bien The Score de Frank Oz, qui fut projeté sur l’écran de la Piazza Grande en 2001 ? Mais bon, c’est une plainte mineure, car même dans des films pas complètement aboutis, Norton reste toujours une présence forte et charismatique. A (re)découvrir avec plaisir.

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