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Locarno 2015: toute la couverture

Locarno 2015: Michael Cimino rencontre le public

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Le réalisateur, scénariste et producteur lauréat d'un Oscar, auteur de chefs-d'œuvre tels que The Deer Hunter (1978) et L'Année du Dragon (1985), est arrivé au Festival du film de Locarno pour y recevoir le Léopard d'honneur.

En attente d'un nouveau film depuis vingt ans, il précise: «Je préparais un parfait remake pour Clint Eastwood, mais il a dit non.»

Le troisième Pardo d'Onore alla carriera de cette 68ème édition est pour Michael Cimino, qui se livre à une rencontre de deux heures avec le public et semble déterminé à ne pas abandonner le microphone, très heureux de rencontrer cet auditoire attentif. De près, la métamorphose physique de Michael Cimino est saisissante, encore plus flagrante que sur les images: l'ambiguïté sexuelle de ses traits, qui font penser à un être androgyne, voire transgenre, a complètement absorbé la rondeur passée du visage de la star. C'est donc le visage glabre et lisse, porté par un corps d'adolescent fluet (rappelons qu'autrefois, Michael Cimino était corpulent) qu'il est apparu au Spazio Cinema. Ne quittant jamais ses lunettes de soleil, chaussé de ses éternelles Santiag, Michael Cimino est, certes, méconnaissable mais sa démarche et ses mains ridées trahissent son âge (il est né en 1939).

Les inconditionnels du festival se rappellent de Michael Jackson avant son passage à la serpe... Pardon! Au bistouri. Lors d'une nuit sous la pluie, lors d'une projection de The Deer Hunter (1978) sur la Piazza Grande, il se montre fringant, plein d'énergie positive. Pourtant, l'amertume d'une longue phase d'inactivité sépare ces deux époques.

© Festival del film Locarno / Samuel GolayPrès de vingt ans d'attente pour votre nouveau film. Quand allons-nous le voir?

«Je préparais un remake du merveilleux The Fountainhead(1949), où Gary Cooper joue un architecte utopique inspiré par Frank Lloyd Wright. Je destinais ce rôle à Clint Eastwood, qui a joué dans mon premier film. Mais il y avait une longue scène de pladoyer et Clint n'aimait pas les séquences où il devait beaucoup parler. En outre, il ne voulait pas rivaliser avec Cooper. Donc, nous n'avons rien fait.»

N'avez-vous aucun projets en alterance?

«Je dois beaucoup au public américain, mes films remplissent encore des salles entières, Mais en Amérique, on ne trouve plus d'argent pour faire des films qui ne sont pas des blockbusters. Tout est dépensé pour réaliser et produire ce genre de films. Nous croulons sous les m... avec grand gaspillage de compétences, d'idées et aussi de'argent.»

L'environnement d'Hollywood n'a jamais été très facile.

«La compétition fait rage. Pour aller de l'avant, vous devez devenir de plus en plus agressif, comme dans le football américain. Après tout, le monde a toujours été un endroit dangereux et pour survivre, vous devez être dur.»

© Festival del film Locarno / Samuel Golay
Lors de la remise de votre Pardo, vous avez réitéré votre admiration pour Visconti, Fellini, Antonioni. Quelle est votre opinion de l'Italie et quels souvenirs conservez-vous du tournage du Sicilien (1987)?

«J'aime l'Italie, en commençant par sa nourriture qui est la meilleure du monde. Mais filmer en Sicile a été une expérience difficile. La Sicile est l'une des régions les plus diversifiées et les Siciliens sont charmants individuellement mais deviennent ingouvernables quand vous les rassemblez par centaines! Rome est la plus grande capitale du cinéma. Vous avez, vous, les Italiens, un devoir moral de faire revivre Cinecittà».

The Deer Hunter est considéré comme l'une des pierres angulaires des films de guerre bien que vous ayez affirmé plus tard qu'il ne s'agissait pas d'un film de guerre.

«Je ne voulais pas faire du cinéma sur la politique ou le climat, mais seulement sur les films de caractères. Donc, ce n'était pas un film sur le Vietnam, mais sur les conséquences de la guerre sur les vies humaines, les familles, les amis, des gens en général. Aujourd'hui, la tragédie de la guerre n'a pas changé, a même plutôt, empiré parce que les armes sont plus sophistiquées. C'est toujours une course folle des personnes plus âgées qui font payer le prix aux jeunes. Les jeunes doivent se lever et dire que ça suffit, comme je l'ai fait contre la guerre du Vietnam.»

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