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Locarno 2015: toute la couverture

Locarno 2015: "Entertainment" de Rick Alverson

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Après le Festival de Sundance,  Entertainment est projeté à Locarno, en compétition internationale

Entertainment (Divertissement), du cinéaste nord-américain Rick Alverson, est à ne pas confrondre avec la comédie bollywoodienne éponyme de Farhad Sajid. Si on devait publier une monographie sur le cinéma de Rick Alverson, on pourrait sans doute y lire: «Oh Dieu, s'il vous plaît, quand ce film se termine-t-il ?» Ceci est loin d'être une déclaration péjorative ni pérmeptoire, juste un constat car, dans ses travaux antérieurs, comme The Comedy (La Comédie), Alverson y faisait un meilleur examen de la nature corrosive de la conditiion humaine. de privilège. Dans sa dernière réalisation, le cinéaste observe la déchéance, la décrépitue, le désespoir à travers le personnage d'un humoriste à la petite semaine, qui parcourt l'Amérique profonde de bars glauques en cabarets provinciaux.

Entertainment (Divertissement), qui met en vedette le comédien Gregg Turkington comme un artiste comique à défaut, titube à travers un paysage de bars misérables, de cimetières d'avions, d'exploitation d'orangers, de forages de pétrole et de bourgades, décharges provinciales oubliées. Dans certaines de ces villes, prises dans une brume, le protagoniste nous transmet son dégoût existentiel. Chaque moment de cette mascarade ignoble nous appelle à la vie, dit-il, nous rapproche de l'indignité finale qui va susciter l'effondrement émotionnel le plus complet.

Quand il monte sur scène dans le film, Turkington assume son personnage, une sorte d'humoriste raté, digne de l'«anti-comédie". Devant un public venu plutôt boire des pintes que s'esclaffer devant un comique raté, il force le trait, agresse son auditoire, voire l'insulte. L'auditoire s'ennuie. Son aparence est immonde: cheveux gras, un smoking ridicule, se raclant la gorge d'une manière dégoûtante et faisant se succéder des blagues souvent datées dont l'obscénité incroyable indiffère ou gêne le public.

Les moments sur scène du protagoniste sont révélateurs d'une Amérique profonde à la dérive, assez pathétique. Ces séquences sont alternées par des appels du personnage à sa fille, des messages vocaux unidirectionnels adressés à cette enfant hors-écran, comme des bouteilles jetées à la mer mais restent sans réponse. On s'interroge si elle est morte, peut-être par sa faute. Au détour de son périple, l'humouriste est abordé par des visages reconnaissables (Michael Cera, John C Reilly).

L'inutilité du voyage et la vacuité de l'existence du protagoniste sont palpables dans cette comédie très sombre. Mais, sans doute pour diversifier la linéarité évidente de l'histoire, le cinéaste la ponctue par des scènes de plus en plus aventureuses: une séquence au cours d'une conférence sur la théorie des couleurs, reflets des émotions inexplicables.

La prestation de Turkington dans Entertainment est indéniablement forte mais pour les spectateurs européens, qui ne sont pas familiers avec Neil Hamburger, cet anti-comique, il est difficile de rentrer dans le film qui s'étiole et aurait pu aisément être amputé d'une demi-heure.

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