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Locarno 2015: toute la couverture

Locarno 2015: "Heimatland"

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4 claps

Cette année, Heimatland représentait le seul long métrage suisse en compétition au 68ème Festival du Film de Locarno et il s'est fait remarquer. Cette fiction collective réalisée par dix jeunes réalisateurs, dont deux femmes, imagine la paisible Helvétie en proie à un mal qui l'a dépasse, elle, la si paisible et arrogante patrie sise en plein milieu de l'Europe. Le film suit plusieurs personnes et leurs réactions face à un phénomène de prime abord météorologique étrange et inquiétant qui enferme le pays sur lui même.

Ce qui frappe à la vision de Heimatland c'est son aspect sombre, voire désespéré, parfaitement assumé. Le film est une réaction à la volonté du plus grand nombre d'électeurs de vouloir fermer ses frontières afin de s'auto-suffire aussi bien matériellement, intellectuellement qu'émotionnellement. Il imagine de manière parfois maladroite mais pertinente ce que deviendrait la Suisse si elle se retrouvait effectivement seule face à un problème qu'elle se serait elle-même créé. Le nuage qui l'étouffe dans le long métrage n'est pas le fait d'un élément extérieur, étranger, mais est généré par son propre territoire pour l'envahir jusqu'à ses frontières sans ne jamais les dépasser: il est le fruit même de la mère patrie ou, comme le suggère malicieusement le sous-titre français, de l'amer patrie.

Le film n'est pas exempt de maladresses en dressant quelques clichés (le groupe d'extrême-droite est caricatural) que l'on a pas pris la peine de passer à la moulinette, mais son ensemble interpelle et il agit bien au de-là de la fin de la séance. C'est une oeuvre étonnante que l'on rarement l'habitude de voir et qui fait un constat peu courant dans le monde artistique helvétique trop souvent lisse ou pleurnichard. Ici tout devient sombre, dur et fait perdre aux habitant toute logique de solidarité face à l'ampleur du phénomène. A aucun moment on ne cherche l'empathie avec les différents protagonistes qui oublient toute réflexion au profit de réactions viscérales dictées uniquement par leurs émotivité, ce qui est, on en cessera jamais de le répéter, le pire ennemi de la plus élémentaire intelligence.

Le film bouscule, met mal à l'aise et c'est salvateur à l'heure du politiquement correct et de l'édulcoration maladive qui s'empare de plus en plus des gens qui brandissent l'étendard de la tolérance pour excuser tout et n'importe quoi, comme si l'on vivait dans un monde parfait, où chacun pourrait faire ce qu'il voudrait. Espérons qu'Heimatland trouvera son public lors de sa sortie car il le mérite clairement.

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