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Berlinale 2017: table ronde avec Sebastián Lelio pour "Una mujer fantástica"

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Sebastián Lelio: «Una mujer fantástica (Une femme fantastique) oblige le spectateur à faire un voyage à travers des zones inconnues.»

Il y a quatre ans, le cinéaste chilien a remporté un prix avec Gloria au Festival du Film de Berlin, et il revient à l'édition 2017 en compétition pour l'Ours d'Or. Le réalisateur, considéré comme l'un des plus prometteurs en Amérique latine, s’explique sur son nouveau film devant un parterre de journalistes.

«J’étais à Londres pour finir le tournage d'un film appelé Disobedience (Désobéissance), qui m'a retenu en Angleterre pendant plusieurs mois. Mais ma tête et mon cœur sont maintenant complètement à Berlin avec Une femme fantastique. Je veux être là pour l'accompagner depuis la naissance.» précise le cinéaste au moment de la première de son cinquième  film à la Berlinale, quatre ans après ses débuts dans la compétition officielle du festival avec Gloria (2013), pour lequel l'actrice Paulina García a décroché l'Ours d'argent de la meilleure actrice. Depuis, la vie du cinéaste chilien a changé radicalement puisqu’il est venu vivre à Berlin, Gloria a été un succès dans des pays comme le Chili, la France, l'Allemagne, les États-Unis, et bien sûr, la Suisse. Lelio est désormais considéré comme l'un des réalisateurs chiliens les plus renommés à l'échelle mondiale.

«Gloria a été une expérience qui nous a tous laissés dans un nouvel endroit. C’était très inattendu et tout a été très miraculeux et rapide.» explique Lelio, en compagnie de son co-auteur du scénario et collaborateur de longue date Gonzalo Maza, qui est à Berlin pour assister à la première.

Parlez-nous de ce nouveau film, Una mujer  fantástica...

 Ce film va bien au-delà de la transsexualité. Il s’agit là de l'un des thèmes centraux, mais il existe de nombreux côtés et aspects divers, et il est très difficile de définir ce film en une phrase. Donc, comme son personnage, Une femme fantastique a, une identité difficile à cataloguer, évasive, impossible à limiter en un seul mot. Peut-être est-ce là la raison pour laquelle l'idée de la transsexualité était si attrayante, car elle contraint le film à être contemporain et stimulant. Tout tournait autour d'un sujet qui est la frontière même, un sujet pour lequel il n’existait même pas encore assez de mots ou de concepts pour le décrire. C’est très intéressant de voir comment cela peut être traduit dans la langue du cinéma, comment cela a une résonance dans le style et la forme.

Quel accueil espérez-vous pour un sujet qui demeure encore sensible?

C’est difficile à prévoir. Jusqu'à présent, Cela a été très surprenant de pouvoir voir mon film faire ses premiers pas, de figurer dans la sélection à Berlin. Il y a un enthousiasme autour de moi qui m’étonne et me motive beaucoup, mais je dois admettre que je suis très curieux en attendant de voir ce qui se passera par la suite, comment mon film sera reçu par les spectateurs avec lesquels je souhaite communiquer, mais en même temps, tester les limites de son empathie, sa capacité à se mettre dans la peau d'un autre, parce que ce film est basé là-dessus. Une femme fantastique invite, voire oblige le spectateur à faire un voyage par des zones éventuellement inconnues.

Dans quelle catégorie placez-vous ce film?

Je comprends que Una mujer  fantástica puisse être considéré comme un film transgenre dans le sens des genres cinématographiques, mais son identité va au-delà: j’y vois un film qui peut être, d'humiliation et de vengeance, un film romantique, un portrait de personnages, un cinéma de fantaisie. Le film refuse d'être réduit à une seule idée, comme Marina. Le personnage du film imprègne la narration, donc je ne m’en sépare pas. Le film et le personnage sont les mêmes, et je pense que c'est une illusion que de croire qu'un personnage est différent d'un film, cette croyance est seulement un produit d'artifice. Il est donc très agréable de parler des personnages comme s'ils étaient quelque chose de différent du film, parce qu'en réalité, ils ne le sont pas.

 

L'actrice Daniela Vega, "Marina Vidal" dans le film, a été saluée ce dimanche 12 février à la Berlinale par la presse et les critiques internationales pour son rôle dans le film réalisé par Sebastián Lelio, en compétition pour l'Ours d'Or et  qui risque bien de repartir primé tant l’interprétation de son actrice et son traitement de l'exclusion et du rejet dont souffrent une personne transgenre, sont subtils.
Il faudra patienter jusqu’au au dimanche 19 février pour découvrir le verdict des membres du Jury, présidé par le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven.

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