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Cannes 2019: L’embargo qui embête

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Me revoilà à Cannes, troisième fois comme chroniqueur pour Clap. Au sein de la presse on a beaucoup parlé de l’organisation de cette édition depuis un mois, lorsque Thierry Frémaux, dans le cadre de l’annonce officielle du programme, a évoqué une nouvelle formule pour les séances de la Compétition (et certains films hors compétition) pour les journalistes: pour rappel, l’an dernier le film de 19h était programmé en même temps pour la presse et le public, tandis que celui de 22h était montré aux critiques le lendemain (sauf pour certains qui arrivaient à obtenir des invitations pour la séance de gala). 

Cette année, ça change encore: le film de 19h est montré vers 17h (l’embargo finit à l’issue de cette séance puisque le public sera déjà en train de voir le film dans le Grand Théâtre Lumière), celui de 22h en même temps ou, pour ceux qui souhaitent se coucher plus tôt, le lendemain à 8h30 (un nombre limité de places est également mis à disposition pour les séances du lendemain en Lumière à 11h et 14h). Sauf que ce n’est pas la même situation pour tout le monde: certains journalistes, choisis au préalable par le Festival et travaillant dans le domaine audiovisuel (radio et télévision), ont droit à des projections anticipées, avec embargo. Or, il semblerait, d’après ce que nous avons pu lire sur la page Facebook de la journaliste italienne Cristina Piccino, que certains critiques de la presse quotidienne aient également accès à ces séances, ce qui leur donne un avantage par rapport aux autres collègues concernant les délais de publication. « Je ne peux pas demander à mon journal d’attendre jusqu’à minuit pour mon papier sur le film d’ouverture que j’aurai fini de voir à 22h », dit Beatrice Fiorentino, en parlant de The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, que certains ont pu voir hier matin. 

« C’est de la discrimination », écrit Piccino, d’autant plus que ce détail ne fait pas partie du programme presse officiel, contrairement à ce qui se passe à Berlin, où la projection presse du soir pour la compétition est réservée aux quotidiens. Un confrère qui a le droit d’accéder à ces séances presque privées, et qui préfère rester anonyme, n’est pas d’accord avec cette stratégie de communication: « Organiser des projections séparées pour la presse audiovisuelle, c’est pas mal, mais le faire en cachette va créer des mécontentements. » La preuve: hier après-midi, nous avons entendu un journaliste dire au service de presse qu’il ne reviendra pas l’année prochaine, puisqu’il a un badge blanc (ce qui veut dire qu’il ne doit pas faire la queue pendant deux heures) mais n’a pas le droit de voir les films le matin. Or, si les badges blancs se plaignent, ça veut dire qu’il y a un vrai problème. 

De plus, le nouveau système n’est pas sans failles: est-ce que le Festival retirera le badge du journaliste du Monde qui a publié sa critique du film d’ouverture dans l’édition d’hier, alors que l’embargo était valable jusqu’à hier soir? Probablement pas, puisqu’il a vraisemblablement vu le film à Paris avant le début du Festival, en raison de la sortie simultanée en salle. Et la question de l’embargo peut engendrer des formes de paranoïa plutôt absurdes: ce matin, je suis tombé sur mon ami Robbie Collin, critique du Daily Telegraph, qui dit avoir reçu un mail du service de presse lui demandant pourquoi son papier sur l’ouverture a été publié sur le site du journal une heure avant l’échéance. Ils n’avaient pas tenu compte du décalage horaire entre la France e l’Angleterre…

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