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Mostra de Venise 2019: Bilan de la compétition – Partie 1

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Les gens ont hué le logo Netflix (je reviendrai là-dessus), et Lucrecia Martel, présidente du jury, a fait une déclaration sur Roman Polanski aussi maladroite que celle de Pedro Almodóvar sur les plateformes de streaming à Cannes en 2017 (dans les deux cas, les cinéastes ont rectifié leurs propos sans devoir quitter leur fonction). Et les films? Voici un premier bilan sur les longs métrages sélectionnés en compétition à Venise cette année, avec l’exception des films italiens qui feront l’objet d’un papier séparé. Je parlerai ici des titres qui sont passés en séance officielle jusqu’au soir du 1 septembre, qui a marqué la fin de la première semaine du festival. 

La vérité (film d’ouverture): Hirokazu Kore-eda quitte le Japon pour nous raconter l’histoire d’une vedette du cinéma français qui renoue avec sa famille lors de la sortie de ses mémoires. On ne sent pas particulièrement la signature du cinéaste et on peut se demander quel est l’intérêt d’avoir Ethan Hawke dans un rôle plutôt anonyme, mais le charme de la comédie dramatique française est bien présent, et Catherine Deneuve est magnifique en comédienne qui revient sur sa propre carrière. 

The Perfect Candidate: la cinéaste saoudienne Haifaa Al Mansour revient chez elle après la parenthèse occidentale de Mary Shelley, et bien que la puissance de Wadjda ne soit pas à l’ordre du jour, l’histoire d’une femme médecin qui lutte pour améliorer ses conditions de travail présente pas mal de moments qui font réfléchir. En tant que voyageur fréquent, j’ai trouvé la séquence de l’aéroport hilarante et terrifiante en même temps. 

Marriage Story: le mariage de Charlie (Adam Driver) et Nicole (Scarlett Johansson) s’écroule, tandis que celui entre le cinéaste américain et Netflix produit une magnifique méditation sur une relation humaine qui a mal tourné. On pleure et on rit, grâce à un scénario impeccable et des prestations bouleversantes. Et j’aimerais bien un autre film entièrement consacré aux avocats du couple, joués par Laura Dern, Ray Liotta et Alan Alda. 

Ad Astra: Brad Pitt part dans l’espace à la recherche de son père (Tommy Lee Jones) et d’une solution pour empêcher un désastre cosmique. James Gray signe son film le plus ambitieux, et pour ce qui concerne le côté visuel, rien à dire. En revanche, l’écriture suggère que le metteur en scène ait dû accepter des compromis pour avoir droit au budget nécessaire (et le décalage de la sortie pendant un an semblerait indiquer des modifications en cours de route). Un bon divertissement, sans plus. 

J’accuse: Roman Polanski adapte le roman de Robert Harris sur l’affaire Dreyfus, avec Louis Garrel dans le rôle (mineur) du capitaine accusé de trahison et Jean Dujardin dans celui de Georges Picquart, qui découvrit la vérité sur le complot d’espionnage à la fin du 19siècle. Les propos du cinéaste ne sont pas entièrement partageables (contrairement à Dreyfus, Polanski a effectivement commis un crime, même si son procès fut aussi partiellement une farce), mais le film reste un bon thriller d’époque, avec une excellente reconstruction du Paris de 1894 et une distribution impeccable. Et la réflexion sur l’antisémitisme est très pertinente aujourd’hui. 

Ema: Pablo Larraín met de côté la politique pour parler d’une femme atypique et de ses relations avec les autres. La précision des autres films du cinéaste chilien est un petit peu absente, mais il prouve encore une fois à quel point il sait créer des personnages inoubliables. Pour ma part, la jeune comédienne Mariana Di Girolamo mérite le Prix Mastroianni de cette édition. 

Joker: Joaquin Phoenix remportera-t-il son deuxième prix d’interprétation masculine à Venise après The Master? C’est fort possible, car il est bluffant dans le rôle d’Arthur Fleck, un personnage qui irait aussi bien dans la filmographie de Scorsese des années 1970 que dans l’univers de Batman, puisqu’il s’agit d’une réinvention du plus célèbre des méchants des comic books américains. Un excellent drame humain et social déguisé en film de super héros.

The Laundromat: Steven Soderbergh et Netflix, ça donne une comédie folle, dense et hilarante sur l’affaire des Panama Papers. On est un peu du côté de The Big Short, avec les deux méchants (Gary Oldman et Antonio Banderas) qui nous expliquent comment marche l’arnaque. Meryl Streep est excellent dans un double rôle, et les dix dernières minutes sont parmi les meilleures vues au festival. 

Wasp Network: Olivier Assayas revient au Lido, un an après Doubles vies, avec l’histoire vraie d’espionnage liée aux Cubains qui partaient aux Etats-Unis dans les années 1990. Ça surprend et ça amuse, avec un sublime groupe de comédiens, dont Pénélope Cruz, Edgar Ramirez, Gael García Bernal et Wagner Moura, la vedette des deux premières saisons de Narcos

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