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Shadow de Pascal Greco & Philippe Pellaud

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Avec ce court-métrage de trente minutes, les réalisateurs Pascal Greco et Philippe Pellaud plonge leurs spectateurs dans une expérience visuelle et sonore sombre et fascinante, oscillant entre deux femmes. L’une (Anne-Lou Castoldi) est piégée dans une forêt inextricable, l’autre (Asia Argento) semble littéralement faire corps avec une pénombre indicible. Chacune d’elles raconte son histoire en voix-off et leurs destinées se répondent de manière plus ou moins directe. Ont-elle un lien en commun, une parenté? Rien ne l’affirme. L’une pourrait être le passé de l’autre et l’autre pourrait refléter le futur de l’une. Leurs réflexions respectives dialoguent sans suivre un schéma classique de questions et de réponses. 

Cette oeuvre au magnétisme indéfinissable bénéficie d’une technique impressionnante au service d’un esthétisme somptueux. Les réalisateur on utilisé la même caméra que Lars von Trier dans Antichrist et Melancholia, la Phamtom qui permet des ralentis extrêmes. Dès lors, les images prennent une dimension picturale qui leur donnent le pouvoir de raconter une histoire de manière purement visuelle. Des taches de lumière font naître des êtres fantomatiques perdus dans l’épaisseur de la forêt. Et ces tableaux conversent avec une musique ensorcelante, ce qui donne au tout une remarquable cohérence entre le son et l’image.

Petite biographie des réalisateurs

Pascal Greco est photographe et cinéaste autodidacte. Il réalise avec Charles Hieronymi deux moyens métrages documentaires entre 2003 et 2006. Swiss Fashion Design, documentaire sur la mode suisse ainsi que Tokyo Streets, film sur les tendances urbaines de la capitale japonaise.
En 2008, Pascal Greco réalise, cadre et monte Super8, un film poétique et psychédélique, sur une musique originale de Kid Chocolat et en 2013, il touche à nouveau à tout pour son second film contemplatif Nowhere sur une composition de Goodbye Ivan. Son troisième film, avec la danseuse Stefania Cazzato, qui clôt cette trilogie contemplative, se nomme Stun et a été présenté en mai 2015. Shadow, avec l'actrice Asia Argento, co-réalisé avec Philippe Pellaud, a été présenté en festival et est sorti en Suisse et en France en format vinyle et lien privé pour le film. Greco a présenté en mars 2019 son premier long-métrage documentaire, The Scavengers, en première mondiale, dans le cadre du FIFDH | Festival international du film et forum sur les droits humains, à Genève.

Philippe Pellaud, alias Kid Chocolat est un musicien electro et producteur suisse de Genève né le 26 mars 1974.
Il aime triturer et détourner la matière cinématographique. Celle de ces morts-vivants dont les séries B de bric et de broc se sont repues, des années 1930 jusqu'aux œuvres culte de George A. Romero dans « Zombiparti! » (2005). Celle de Dario Argento aussi, maître italien de l'horreur auquel il a rendu hommage dans « Who's afraid of Dario Argento? » (2001), autre album exploratoire des souterrains sanguins du septième art conçu dans la foulée d'un mini-album liminaire saluant le déjanté Peter Sellers. Si Kid Chocolat aime le cinéma, les citations tirées des BO de John Barry, Ennio Morricone ou Lalo Schifrin, les sonorités rétro et l'échantillonnage de dialogues, il a également créé le label Poor Records, imaginé une compilation-hommage aux débuts new wave de Stephan Eicher sous l'appellation Grauzone, signé la bande-son du film Super 8 de l'artiste vidéo Pascal Greco, sorti un album-bd avec le dessinateur Luz sous le nom de The Scribblers et collabore régulièrement avec Asia Argento, fille de Dario Argento. En 2019, sort « Shadow » sa nouvelle bande originale et son premier court-métrage réalisé avec Pascal Greco, avec Asia Argento et sa fille Anna-Lou Castoldi dans les rôles principaux. Il a des préférences musicales notoires pour le psychédélisme, l'absurde, le noir et le suspense.

Interview

-Y aurait-il un mot pour exprimer la genèse de Shadow? Qu’est-ce qui vous a donné le déclic pour vous lancer dans cette aventure?

Philippe
C’est difficile en un mot! J’ai commencé à faire de la musique sous le nom de Kid Chocolat en m’inspirant et en utilisant de la musique de film comme matière première. Les BO des années 60-70 étaient une obsession. La musique dans les films à un rôle clé pour moi dans le cinéma. Puis, j’ai eu l’opportunité de faire quelques musiques pour des films et des documentaires, notamment avec Pascal. Ce qui m’a plu chez lui c’est qu’il porte autant d’attention aux images qu’à la musique. On a une façon de travailler ensemble qui me convient parfaitement et ses remarques sur la musique sont toujours justes. Bref, cela faisait un petit moment que j’avais une idée de film dans la tête et c’est naturellement que je me suis tourné vers lui pour le faire. Pour résumer, je dirais que c’est un processus. Il se passe pas mal de temps entre l’idée et la réalisation.

-A quel stade de la création de Shadow la musique est-elle intervenue? Dès la première idée? Est-elle l’origine même du projet? Est-elle venue en cours d’écriture? En post-production?

Philippe
J’avais composé toutes les musiques avant avec des idées précises de scène. La scène inaugurale est quasiment la musique originale sur sa longueur. Après comme n’importe quel travail d’album, la musique a évolué et s’est adapté aux images, elle a été retravaillée également avec des musiciens supplémentaires. Mais, il est vrai qu’au début la musique était présente et nous a guidé tout au long du tournage. Nous avons même filmé des scènes avec la musique en fond. A la manière de Sergio Leone et Ennio Morricone.

-Est-ce que la technique a été une contrainte, une difficulté, pendant le tournage?

Pascal
Lors du tournage des scènes en studio, la technique a été un terrain de jeu amusant. Par exemple, notre fournisseur nous avait prêté gratuitement une petite grue qu'il venait de recevoir afin qu'on la teste.
Par contre, lors du tournage dans la forêt, ça été compliqué avec la technique. J'avais fait part à Philippe de mon souhait de tourner des scènes en ralenti extrême afin d'amener plus de dramaturgie. Nous avons loué la caméra Phantom qui permet de monter jusqu'à 2000 images par secondes avec une excellente qualité entre 2K et 4K. Le premier souci, c'est qu'il n'y avait que 4 caméras en Europe, donc il a fallu la faire venir, avec un technicien, les coûts étaient élevés. Mais surtout, dès que nous avons commencé à tourner il y avait un problème de connexion avec les batteries et la caméra s'éteignait, heureusement nous avions prévu un petit générateur à essence pour alimenter la caméra. Il faut savoir que l'on ne peut pas filmer plus de 4 secondes à plus de 1000 i/s, donc il faut bien préparer ses scènes d'autant qu'ensuite il faut 40-50 secondes pour les transférer à l'ordinateur qui est lui aussi connecté par un câble à la caméra... Et pour finir, le fait de tourner en haute vitesse demande beaucoup de lumière, chose qu'on ne pouvait pas amener en petite équipe dans une forêt. Nous avons donc compté sur le fait qu'il fasse beau pour profiter des rayons du soleil qui pénètrent la forêt pour que cela créer une ambiance. Par chance, il a fait beau et nous avons obtenu l'ambiance espérée.

-Est-ce que le film est le même qu’imaginé à la base après être passé par les phases tournage et post-production?

Pascal
Me concernant je dirais oui à peu de chose près et nous sommes content car le résultat est à la hauteur de nos attentes élevées. D'autant que le film n'a pas reçu le soutien étatique Cinéforom et OFC, pour tourner le film. Ils n'ont pas saisi ce que nous voulions faire, où nous voulions aller avec ce film. Les films différents ou atypique sont mal reçus, mal compris en Suisse de la part des instances étatiques et de leur soutien, ils n'ont pas réellement leur place, c'est bien dommage.

-Comment êtes-vous parvenus à convaincre Asia Argento et sa fille à vous suivre dans ce projet si particulier?

Philippe
Je connaissais Asia, car elle avait acheté mon premier album Life and Death of Romano Poal sur le quel je lui avais dédié une chanson. Elle m’a contacté par mypsace à l’époque et on s’est vu plusieurs fois pour des dj sets ensemble. J’avais pensé à elle pour le rôle principal du film, comme j’avais pensé à Pascal pour la réalisation parce que c’était évident. Je lui ai demandé à un moment où elle avait décidé d’arrêter d’être actrice. Elle a lu le projet et a tout de suite dit oui! Elle s’est beaucoup investie dans la réécriture du texte et c’est aussi naturellement elle qui nous a proposé de travailler avec sa fille Anna-Lou. Un des thèmes du film est la transmission et je crois que ça l’a touchée. Elle a commencé très jeune sa carrière avec notamment des tournages avec son père. Je crois que c’était important pour elle de faire ce projet avec sa fille. Sur le tournage, elle a dirigé Anna-Lou et on a senti que c’était personnel entre elles. Anna-Lou nous a également beaucoup donné, elle a, comme Asia, un don naturel. Elles se sont approprié le film et c’était très facile de travailler ensemble.

-Qu’aimeriez-vous que les spectateurs retiennent de cette expérience très sensorielle?

Philippe
Notre volonté était de créer un univers. La relation entre les personnages du film n’est pas expliquée, chacun peut se créer sa propre histoire et c’est ça qui m’intéressait. Je déteste qu’un film nous prenne par la main et nous force à aller dans une direction. Les retours que nous avons eu ont été tellement divers et liés à une expérience personnelle propre à chacun. On ne veut pas expliquer le film, on veut laisser cet espace d’appropriation au public. Ça marche ou pas… 

-Avez-vous des cinéastes et (ou) des films de chevet? Si oui, lesquels?

Pascal
Je ne vais pas être très original, Lynch, Wong Kar Wai, Stanley Kubrick.

Philippe
Je ne suis pas très original non plus : Lynch, Romero, de Palma, Kubrick et tant d'autres.

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