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Décès de Bertrand Tavernier

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Le jeudi 25 mars 2021 avec la disparition de Bertrand Tavernier à l’âge de septante-neuf ans, le cinéma a perdu l’un de ses meilleurs réalisateurs dont l’immense cinéphilie ne cessera d’inspirer les amoureux du Septième Art à tout jamais.

Né en pleine Seconde Guerre mondiale, le 25 avril 1941 à Lyon, Bertrand Tavernier est le fils de l’écrivain et résistant René Tavernier. Atteint de tuberculose très jeune, il découvre le cinéma lors d’un séjour au sanatorium. Après deux tentatives, il passe son baccalauréat et entre en droit à la Sorbone où il crée avec des amis la revue consacrée au cinéma, «L’Etrave». En 1961, toujours avec des amis, il fonde le ciné-club «Nickel Odéon» pour mettre en avant des genres sous-estimés comme les western, les films noirs ou les comédie musicale. Entre 1959 et 1969, il commence à gagner sa vie en rédigeant des piges pour «Télérama». Il débute dans le métier en assistant Jean-Pierre Melville sur Léon Morin, prêtre. De 1964 à 1974, il est attaché de presse et s’occupent de trois films de Stanley Kubrick, 2001 L’Odyssée de l’espace, Orange mécanique et Barry Lyndon. Il enverra d’ailleurs au cinéaste américain un télégramme passé à la postérité: «Comme artiste, vous êtes génial. Comme patron, vous êtes un imbécile.»

Après avoir réalisé deux segments dans Les Baisers et La Chance et l’amour en 1964, il réalise son premier long métrage, L’Horloger de Saint-Paul en 1974. Ce coup de maître reste à ce jour l’une des meilleures adaptation cinématographique d’une oeuvre de Georges Simenon. L’année suivante, il signe Que la fête commence… comédie irrévérencieuse au ton rabelaisien. En 1976, il offre un rôle magnifique à Michel Galabru qui remporte le César du Meilleur Acteur dans Le Juge et l’assassin. Une année plus tard il met en scène le scénario de Charlotte Dubreuil et Christine Pascal, Des enfants gâtés qui s’intéresse aux méthodes peu reluisantes et abusives d’un propriétaire terrien. Il lui faudra trois ans pour venir à bout de l’adaptation en anglais d’un roman de David Guy Compton sous le titre La Mort en direct. Interprété par Romy Shneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton et Max von Sydow, ce film fait indéniablement partie des meilleures oeuvre de science-fiction.

La même année, il livre au public Une semaine de vacances qui s’attarde sur le surmenage d’une professeure des écoles. En 1981 il signe l’uppercut antiraciste et anticolonialiste Coup de Torchon. En adaptant le roman 1275 âmes de Jim Tompson, il signe une transposition dans l’Afrique colonisée par la France et profite de donner son point de vue sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire de son pays.

Par la suite, son oeuvre riche et prolifique ne cessera de mettre le doigt sur des sujets qui fâchent à l’image de sa propre personnalité, engagée et révoltée contre l’injustice. Il sera l’auteur de coups de gueule mémorable.

Avec lui, le cinéma français perd l’un de ses meilleurs représentants dont la cinéphilie inépuisable rappelle celle de Martin Scorsese aux Etats-Unis.

Filmographie:

1974 L’Horloger de Saint-Paul
1975 Que la fête commence…
1976 Le Juge et l’assassin
1977 Des enfants gâtés
1980 La Mort en direct
1980 Une semaine de vacances
1981 Coup de torchon
1983 Mississippi Blues
1984 Un dimanche à la campagne
1986 Round Midnight
1987 La Passion Beatrice
1989 La Vie et rien d’autre
1990 Daddy Nostalgie
1992 La Guerre sans nom
1992 L.627
1994 La Fille de d’Artagnan
1995 L’Appât
1996 Capitaine Conan
1999 Ca commence aujourd’hui
2002 Laissez-passer
2004 Holy Lola
2009 In the Electric Mist
2010 La Princesse de Montpensier
2013 Quai d’Orsay
2016 Voyage à travers le cinéma français