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John Carter

 
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Aujourd'hui, lorsque l'on veut porter à l'écran une oeuvre littéraire d'heroic fantasy, la principale difficulté est sans doute de parvenir à accrocher un public qui a déjà tout vu, tout entendu depuis La Guerre des étoiles, Le Seigneur des anneaux, Les Chroniques de Narnia et j'en passe.

De son propre aveu, Andrew Stanton, le réalisateur de Wall.E, a eu beaucoup de peine à résoudre le casse-tête de l'adaptation cinématographique des livres d'Edgar Rice Burroughs, Le Cycle de Mars. Il fallait bien sûr relever toutes sortes de challenges techniques pour réussir à transposer visuellement l'univers exotique imaginé par l'écrivain britannique. Mais le véritable défi était d'ordre narratif : comment donner rapidement aux spectateurs les clés de ce monde inconnu, tout en faisant tenir un récit épique dans un film de deux heures et quelques? Après avoir travaillé six ans sur le projet, Stanton a finalement opté pour la manière forte. Avec l'enthousiasme d'un Gaulois rempli de potion magique, il débute son film en fonçant tête baissée dans le tas de Romains que nous sommes. Accrochez-vous, ça va ventiler.

Vlan ! Nous voilà projetés sur une planète inconnue pour une présentation très speed du conflit qui oppose les deux peuples « humains » régnant sur Mars. Cette introduction énervée digne du prologue du Retour de la Momie est suivie d'un passage sur terre bouclé en une dizaine de minutes. Le film nous réexpédie ensuite illico sur la planète rouge pour un nouveau déluge d'informations. Résultat : en une petite demi-heure, Andrew Stanton nous a balancé toute la sauce. La planète Barsoom. Le peuple d'Helium qui, étonnamment, ne fait rigoler personne quand il parle. Son Grand Jeddak, Tardos Mors (Celui qui arrive toujours en retard à table). La princesse Dejah Thoris. Des méchants dont je ne sais plus le nom, dirigé par un ignoble chef, dont je ne sais plus le nom. Les guerriers Tarks et leur chef, Tars Tarkas, grand danseur de sirtaki. Des vaisseaux ressemblants à des libellules. Des bouledogues crapauds. Les Therns, qui sont bien ce qu'ils sont. A ce stade, on me donnerait du Barack Obama ou du Telly Savalas que je ne broncherais même pas. Ça brasse beaucoup d'air, ça se tabasse, ça explose de partout, à un tel point que, sur le moment, je ne retiens pas grand-chose de ce Who's who de Barsoom... Ah si, une chose: le héros est accoutré comme Tarzan et fait vraiment des bonds gigantesques quand il saute sur Mars. Vu de loin en 3D, à travers mes lunettes maculées de traces de doigts et de reste de kebab, ce Carter, qui tient plus de Vince que de Jimmy, ressemble à une puce (avec un pagne). Il a vraiment le pied martien, le petit ! Je retiens aussi que les créatures en motion capture sont plus convaincantes que les humains déguisés pour Carnaval : lorsque votre guerrier longiligne à mandibules fait passer plus d'émotion que votre Thoris de Princesse, aussi charmante qu'une brocante organisée par Siegfried et Roy, c'est que vous avez un sérieux problème de crédibilité.

En résumé, j'ai beau percevoir la passion du cinéaste pour son projet, je n'arrive pas vraiment à m'intéresser à ce spectacle débridé, la faute à des dialogues creux, à un humour un peu facile et, il faut bien le dire, à un déluge de kitsch. Ça tombe bien, c'est précisément le nom de l'acteur qui interprète Carter ; en voilà un casting qu'il est bon.

A l'heure où l'excellente série Game of Thrones (dans un mode nettement plus sombre, certes) prend dix épisodes pour nous faire découvrir petit à petit un monde imaginaire d'une grande richesse, il est regrettable que le studio Disney et Andrew Stanton se soient crus obligés d'emprunter la voie express pour nous faire visiter celui de John Carter. Un soupçon de mystère en plus, quelques respirations entre deux foires d'empoigne, le temps de creuser davantage les personnages, auraient fait le plus grand bien au film.

Au bout du compte, si ce divertissement inoffensif ne démérite pas, il souffre surtout de la comparaison avec les autres succès populaires qui l'ont précédé...ce qui est assez injuste puisque ces films doivent certainement beaucoup à Edgar Rice Burroughs et son œuvre centenaire. Mais j'ai bien peur pour Andrew Stanton que le public, de retour sur terre au terme de cette aventure, n'ait pas très envie – contrairement à John Carter – de retourner un jour sur Mars.

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