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Hunger Games - L'embrasement

 
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Le deuxième opus de Hunger Games, intitulé L'Embrasement, sort sur les écrans. Cette saga pour adolescents, adaptée des romans à succès de Suzanne Collins, nourrit toutes les attentes des studios hollywoodiens qui espèrent un succès commercial tonitruant qui devrait supplanter Twilight, puisque moins fleur bleue, ou Harry Potter, puisque que moins féérique. En résumé, la vision orwellienne du monde et de l'humanité que propose cette saga devrait séduire le public pour sa prétendue critique acerbe de la société contemporaine et du marasme guerrier qui en découle.

Sa réalisation, plus classique et moins alerte, manque singulièremrent de rythme et de personnalité comme en témoignent les premières séquences dans le district 12 pendant les nonante premières minutes. Jennifer Lawrence, avec son physique de jeune femme sportive et naturelle suscite d'emblée la sympathie, d'autant que malgré les épreuves du feu, du brouillard toxique, de l'eau et du sable, sa coiffure reste impeccable. Si le propos peut convaincre outre-Atlantique, rien n'est sûr dans la vieille Europe où les adolescents sont, certes, confrontés aux jeux vidéos dans lesquels abondent batailles virtuelles et tueries intergalactiques, dans une joyeuse représentation manichéenne du monde, mais ces mêmes adolescents ne sont guère susceptibles de se sentir concernés par un tel film. Pourtant, malgré le public ciblé et le formatage américanophile qui se ressentent tout au long du film d'une durée de 2h26, ce deuxième épisode interpelle et consterne par les rebondissements de l’histoire qui oscillent entre SF et clins d'oeil historiques aux combats des arènes romaines sous Néron, au moment de la décadence de l'Empire, glorifiant de manière inquiétante les combats, même entre pairs, le sacrifice des siens et de soi au nom d'une cause incarnée par un pouvoir hautement répressif, autoritaire et totalitaire.

Le Président Snow et quelques sous-fifres à sa solde détiennent la majorité des richesses, règnent en despotes depuis leur capitale hautement moderne sur les autres districts qu'on peut aisément assimiler à des ghettos. Les jeux s'ouvrent sur l'arrivée des concurrents en chars dignes de Ben-Hur et au retentissant son des tambours, qui pourraient faire pâlir de jalousie la grande époque des défilés mussoliniens ou hitlériens. Conscient de sa cible, les adolescents, Gary Ross traite la violence inhérente à leurs modes de communications (internet, jeux vidéos, etc. ) de manière assez simpliste: les vainqueurs des précédentes éditions des jeux, supposés exemptés de toute participation ultérieure, se retrouvent jetés en pâture dans ces arènes où toute goutte d'eau est infestée, toute fleur nocive et toute plante toxique. L'intrigue, qui mêle action, violence et extermination sur fond d'amitiés peu fiables, semble anachronique, voire inquiétante, à l'heure où quelques esprits éclairés et idéalistes rappellent les éléments fondamentaux d'une société, certes globalisée, mais viable grâce à la tolérance, le respect et l'ouverture à l'altérité.  

Les studios hollywoodiens tablent sur un succès commercial sans précédent, les deux prochains épisodes étant déjà en gestation. Ainsi, Katniss est censée succéder à Bella, Jennifer Lawrence à Kristen Stewart, Hunger Games à Twilight, et Josh Hutcherson à Robert Pattinson dans le meilleur des mondes lucratifs.

Il reste à espérer que nos chères têtes blondes, les adultes de demain, sauront rester indifférents à cette vision manichéenne et affligeante du monde qui se passerait bien du triste spectacle des vraies guerres.

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