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Song To Song

 
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Singing in Texas

Terrence Malick signe un nouveau récit d’amour troublé avec des comédiens de renom, en se servant cette fois de l’ambiance culturelle du Texas et d’une structure plus proche du cinéma narratif.

Depuis 2011, lorsque The Tree of Life a débuté au Festival de Cannes et remporté la Palme d’Or, Terrence Malick a commencé à générer des avis moins unanimes: To the Wonder et Knight of Cups ont été sifflés à la fin des premières projections à la Mostra de Venise et à la Berlinale respectivement, et le documentaire Voyage of Time risque de devenir un objet rare même pour les admirateurs du cinéaste (surtout parce qu’il existe en deux versions différentes, dont une disponible uniquement en IMAX).

Il n’est donc pas étonnant que l’auteur de Badlands ait récemment déclaré que son prochain long métrage, Radegund (actuellement en post-production et basé sur l’histoire vraie de Franz Jägerstätter), marquera un retour au cinéma narratif, avec un vrai scénario au lieu d’une idée de base autour de laquelle les acteurs ont le droit d’improviser. On voit pourtant des traces de cette transition aussi dans Song to Song, le dernier film du cycle sentimental et contemplatif de Malick.

Tourné en même temps que Knight of Cups, le huitième long métrage de fiction du cinéaste se déroule à Austin, Texas (ville où Malick vit depuis des années). Ici il n’est pas question d’Hollywood, mais plutôt de la culture musicale locale, avec des apparitions de Patti Smith, d'Iggy Pop et des Red Hot Chili Peppers, entre autres. L’intrigue sentimentale et existentielle concerne deux couples aux destins croisés: d’un côté, deux aspirants musiciens (Rooney Mara et Ryan Gosling), de l’autre, un producteur (Michael Fassbender) et la serveuse (Natalie Portman) avec qui il entretient une relation.  

Le récit flotte très librement, entre plans admiratifs de la beauté du décor et des acteurs et une voix over qui méditent sans cesse sur la nature des interactions humaines. Comme toujours, Malick a filmé beaucoup plus que ce qu’on voit à l’écran (on sait que Christian Bale et Benicio del Toro ont été entièrement omis du montage final), mais une certaine progression narrative plus classique s’insinue petit à petit dans le flux de conscience. Et c’est cela qui, paradoxalement, rend Song to Song légèrement moins captivant que les trois précédents films du réalisateur, où l’absence totale de structure apparente contribuait à l’impact émotionnel. Ça reste plutôt puissant, notamment quand Fassbender est à l’écran, mais l’heure est effectivement venue de clore ce chapitre de l’aventure cinématographique de Malick, en attendant la prochaine évolution. Petit avertissement: si vous avez prévu de voir le film pour les artistes musicaux, vous risquez d’être déçus.

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