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Yéniche Sounds

 
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La musique dans les gênes

Avec ce documentaire, Martina Rieder et Karoline Arn brossent le portrait d’une culture suisse méconnue du grand public, à travers sa très grande richesse musicale. Elles touchent à un aspect de la civilisation helvétique grâce à des témoignages indispensables.

Le film commence sur une conversation en pleine nature avec Sefan Eicher, vedette de la scène musicale suisse. Celui-ci évoque ses racines yéniches et l’importance qu’avait la musique dans son milieu familial en évoquant son grand-père. On découvre très vite que cette culture est indissociable de la musique qui fut un moyen de survie pour ces gens très régulièrement marginalisés et persécutés à cause de leur mode de vie nomade. Le film enchaîne des témoignages de toutes les générations de cette ethnie, nous apprenant énormément de choses sur eux et leur destin souvent associés à des tragédies. Au fur et à mesure des différentes interventions des protagonistes, on comprend que les Yéniches ont passé la plupart de leur temps à survivre dans un monde hostile qui leur refusait le droit d’exister comme ils l’entendaient. La musique fut dès lors un palliatif à la haine gratuite et viscérale qui fondait sur eux avec comme seuls arguments l’incompréhension, le rejet et une peur infondée. Les chansons yéniches traduisent à la fois ce drame et une envie de vivre particulièrement tenace qui force le respect pour autant que l’on soit sensibles à sa musicalité et à ses paroles éloquentes.

Le film n’a aucunement la mission d’être une tribune revancharde et les réalisatrices laissent leurs sujets s’exprimer en toute liberté, sans jamais chercher à donner à leur long métrage une direction prosélytique ou à apitoyer émotionnellement son public. Elles leur donnent la parole. C’est encore la musique qui sert d’outil de révolte à travers le punk pour l’un des rescapés avec des séquelles physiques du honteux programme étatique instigué par Pro Juventute, «Les enfants de la grand-route», qui, sous couvert de lutte contre le vagabondage entre 1926 et 1973, sépara six cents enfants de leurs parents yéniches pour les placer dans des familles nourricières, des institutions psychiatriques et autres orphelinats, où il furent très souvent utilisés comme esclaves domestiques. Martina Rieder et Karoline Arn abordent tous ces aspects peu reluisants d’un pays incapable, voire jaloux, de la liberté qui a toujours animé les Yéniches. Elles le font avec un grand naturel et une approche tout en finesse qui sourd magnifiquement à travers les témoignages de tous ces gens paraissant heureux et reconnaissants que l’on s’intéresse enfin à eux en tant qu’êtres humains.

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