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Valérian et la cité des mille planètes

 
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L’ambassadeur des échecs

Luc Besson adapte la BD de Christin et Mézières avec une ambition qui, hélas, n’est pas bien représentée à l’écran: un scénario élémentaire et confus en même temps, une certaine laideur visuelle et un duo central dépourvu de charme sont à l’ordre du jour.

Ceux qui ont lu les nouvelles éditions des intégrales de Valérian et Laureline sorties chez Dargaud auront vu les propos de Luc Besson, qui dit avoir grandi avec l’épopée graphique de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières et toujours souhaité adapter leur univers au cinéma. Voilà enfin, donc, Valérian et la cité des mille planètes, un long métrage ambitieux qui sort en salle quelques mois avant le cinquantième anniversaire de la bande dessinée. Dommage que le résultat final ne soit pas à la hauteur de la célébration.

Le récit est librement inspiré du sixième tome, L’Ambassadeur des ombres, paru en 1975. Et c’est en cette année-là que commence le film, avec les premières phases de la construction de ce qui deviendra le QG de l’organisation pour laquelle travaillent Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne). Les deux agents sont partenaires professionnels depuis un bon moment, et lui aimerait bien que cette complicité devienne quelque chose de plus. Elle, en revanche, ne s’intéresse pas à une évolution romantique, et c’est un des problèmes qu’ils devront gérer pendant une enquête qui risque de dévoiler des secrets sombres et honteux.

S’adressant principalement à un public qui ne connaîtra pas forcément la BD (le film a été tourné en anglais, avec des comédiens essentiellement américains ou britanniques), Besson passe directement à l’action: aucun compte-rendu des origines des protagonistes n’est nécessaire, l’alchimie entre les deux héros sera suffisante. Et voilà le défaut principal de cette adaptation: on ne croit jamais, ne serait-ce même qu'une seconde, au lien personnel qui existe entre Valérian et Laureline. Alors que DeHaan s’en sort plutôt bien quand il est tout seul, l’énergie dramatique s’éteint chaque fois qu’il partage des scènes avec Delevingne, dont le charme un peu atypique ne marche pas dans ce contexte.

Ils ne sont pas aidés du tout par une écriture qui va dans tous les sens, en passant d’un moment spectaculaire à l’autre sans laisser au récit le temps de respirer comme il faut. Certaines séquences isolées, notamment les apparitions de Rihanna et Alain Chabat, contiennent le noyau de quelque chose d’intéressant, mais globalement c’est le chaos, au niveau narratif aussi bien que visuel. Besson dit avoir décidé de tourner le film après avoir vu Avatar, mais le travail sur les images de synthèse frôle très souvent la banalité totale. De plus, comme Valérian dans sa forme illustrée a inspiré des produits comme Star Wars, il faut faire face à une sensation de familiarité que la mise en scène n’arrive jamais à compenser avec des intuitions vraiment originales.

Bref, cette aventure de 137 minutes donne souvent l’impression de durer beaucoup plus, et pas d’une manière positive. On sent bien que quelque chose de solide se cache derrière la CGI et les dialogues ultraplats, mais cette âme reste plutôt invisible, noyée par la boulimie "visionnaire" de Besson qui surenchérit sans avoir compris, semblerait-il, ce qu’il fallait mettre en valeur. Pour les non-initiés, il est fort possible qu’il y ait assez de moments moyennement "fun", mais c’est un espoir qui ne justifie pas l’existence de ce produit bruyant et confus. Il vaudra mieux relire les BD ou, à la limite, regarder la série animée d’il y a quelques années. 

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