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La jeune fille, sa mère et le hibou

Grâce à une histoire simple sur les rapports entre une mère hors normes et sa fille, Noémie Lvovsky signe un film très réussi qui fait appel à la poésie et au fantastique de manière subtile, tout en restant ancré dans une réalité où la fantaisie semble de plus en plus suspecte.

A neuf ans, Mathilde (Luce Rodriguez) vit seule avec sa mère (Noémie Lvovsky) et s’entretient régulièrement avec son père (Mathieu Amalric) grâce à la vidéophonie. Vivant dans un monde bien à elle, la mère de Mathilde doit être surveillée car elle s’évade régulièrement dans ses délires où elle seule existe. Après une de ses frasques où elle a traversé toute la ville en robe de mariée sous des trombes d’eau, elle offre à sa fille, afin de se faire pardonner, un hibou dans une cage. Très vite, la complicité entre le volatile aux yeux perçants et Mathilde s’installe et prend une tournure extraordinaire quand la jeune fille comprend que le hibou lui parle.

Noémie Lvovsky nous offre une très belle fable autour de la difficulté de vivre avec des gens pour lesquels la société ne fait aucun effort d’intégration et de supporter les personnes qui refusent de s’intégrer ou qui pensent qu’elles n’on rien à faire dans un monde qui ne leur convient pas. Elle le fait à travers le lien fort qui unit une mère et sa fille en inversant régulièrement les rôles. Mathilde doit se comporter comme une adulte responsable face à cette mère fantasque qui concrétise ses caprices sans réfléchir et les regrette par la suite. Elles se complètent car sous sa folie apparente, la mère apporte ce qu’il faut de fantaisie à une enfant souvent livrée à elle-même et grandissant trop vite. Judicieusement, le film ne fait aucun procès et s’attarde sur ce lien qui dépasse parfois allègrement toute rationalité et franchit le seuil du fantastique. Le troisième protagoniste est un hibou perspicace qui met en garde Mathilde contre les absences fréquentes de sa mère. La fillette fait cependant attention à ce que son nouveau compagnon ailé ne dépasse pas les bornes.

Pour donne chair et esprit à ce duo mère-fille à la limite de la fusion la plus radicale, Noémie Lvovsky et Luce Rodriguez sont dans une osmose remarquable qui se manifeste dans chaque séquence. La comédienne-réalisatrice campe une femme impossible à suivre, mais sensible à la peine qu’elle fait vivre aux siens, et la jeune Luce Rodriguez incarne une enfant qui a sa mère à charge psychologiquement et non l’inverse comme il serait normalement convenu. Elle joue ce personnage à merveille et donne à Mathilde des regards d’une maturité étonnante.

Au final, Noémie Lvovsky réussit un film très fort où se battent une réalité non choisie et implacable, et une fantaisie volontaire non dépourvue d’une noirceur oscillant sans cesse entre ces deux terrains d’affrontements afin de les équilibrer car, qui peut oser affirmer que la vie n’est que bonheur?

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