Critique

Blade Runner 2049

 
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Thrène pour les amateurs de science-fiction

Adulé comme le messie par une grande frange des cinéphiles de la génération dite millenium, Denis Villeneuve malmène l’un des fleurons de la science-fiction pour livrer un produit intellectuel abscons qui se noie une nouvelle fois dans une philosophie new-âge des plus godiche, tout en prenant plus que son temps, et le nôtre.

Vivement conseillés pour ne pas dire sommés par le distributeur du film de ne rien révéler de l’intrigue de Blade Runner 2049, les journalistes se retrouvent devant l’exercice périlleux de donner leur avis en ne se basant que sur le visuel de ce trop long métrage. C’est d’ailleurs le directeur de la photographie Roger Deakins qui se sort le mieux de cette galère en signant une très belle image jouant sur l’aspect poussiéreux de son rendu, ainsi que les très nombreux studios d’effets visuels qui donnent au tout une cohérence du point de vue plastique. La musique de Benjamin Wallfisch et Hans Zimmer comporte aussi quelques saillies dignes d’intérêt, même si pas toujours très à propos.

Voilà, pour le reste, on assiste à l’enterrement pur et simple de l’âge d’or de la science-fiction. Après avoir supporté péniblement ces interminables cent soixante-trois minutes, on se dit que ce genre littéraire et cinématographique par excellence tend malheureusement à perdre l’essence-même de sa raison d’être. Les grands auteurs de science-fiction comme Asimov, Aldiss, Orwell, C. Clarke, H. G. Wells ou K. Dick (qui n’aurait sans doute jamais cautionné l’aberration dont il est question ici) prenaient leur plume pour mettre en garde leurs lecteurs contre l’avénement d’un monde totalement déshumanisé, si on le laissait entre les mains des technocrates et autres suppôts des nouvelles technologies. Et, comme dès lors, leurs imaginaires débordants ont été copiés, concrétisés et sacralisés (parfois pour le meilleur, mais plus souvent pour le pire) par des apprentis sorciers dangereux qui n’ont rien compris à ces messages de prévention, on se retrouve avec une seconde ère du genre qui a la détestable tendance à se vouloir une nouvelle forme de religiosité, sombrant dans un verbiage intello-bobo bien pensant. Le génie des auteurs précités ne réside pas dans le fait de se dire: «Ils étaient visionnaires, ils ont prédit ce que l’on vit maintenant.» Penser comme cela c’est ne rien capter à la quintessence de la science-fiction. La force de leurs écrits siège à l’opposé et ils seraient les premiers a être atterrés de voir à quel point on a donné vie à leurs pires cauchemars. Et c’est ce qui est malheureusement ancré dans les esprits de la génération qui a vu naître les premières concrétisations de ces dangers, passés de potentiels à réels.

Blade Runner 2049 se vautrent à pieds joints dans cette mouvance en s’interrogeant de manière préjudiciable sur l’âme que pourrait, ou pire devrait, posséder des créatures fabriquées qui ne sont que des machines en quelque sorte. Et ce débat hautement toxique commence désormais à être sérieusement abordé dans les universités qui, malheureusement, deviennent de plus en plus à la solde de sociétés mortifères pour leur soit-disant survie financière: une machine doit rester une machine, sinon les êtres vivants courent à leur perte. Un créateur ne doit jamais devenir l’esclave de sa créature, ni de ses fanatiques.

A travers son cinéma, Denis Villeneuve est devenu l’archétype de ces gens adulés par une clique peu encline au discernement. Il avait pourtant très bien débuté dans son Québec natal en signant deux premiers films dignes d’intérêt, Un 32 août sur terre et Maelström et deux oeuvres puissantes, Polytechnique et Incendies. Puis il s’est laissé phagocyter par Hollywood et ses recettes malsaines qui lui ont malheureusement apporté gloire et fortune. En 2016, il signait l’un des pires films de l’année avec l’insupportablement idiot Arrival. Et là, il récidive et s’enfonce de plus en plus en osant massacrer l’univers de Philip K. Dick dans un pensum à peine croyable, plus proche des élucubrations d’un gourou des fameux développements personnels et autres singeries qui ont la cote auprès d’un public malléable. Entre autres inepties, on croise, pêle-mêle, dans son dernier forfait un massicot sur le bureau d’une supérieure de la police de Los Angeles, alors que toute la communication est devenue virtuelle, un hologramme indépendant qui apparaît au son des trois premières notes de Pierre et le loup de Prokofiev, une ruche dans un Las Vegas désertique, un chien alcoolique, un être virginal conçu pour faire pleurer dans les chaumières, Hiam Abbass, dont on se demande bien ce qu’elle est venue faire dans ce naufrage tant elle n’y a pas sa place, un méchant avec le charisme d’un tardigrade, les prémices de l’une des scènes de sexe les plus ridiculement pathétiques jamais vue sur un écran, une émotivité tendancieuse, proche de la sensiblerie la plus rédhibitoire, et la pire réplique depuis des décennies: «On n’arrête pas un raz de marée avec un balai». Résultat, Villeneuve gagne, deux années d’affilée, le prix du film le plus boursoufflé.

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