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Happy End

 
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L’absence du bonheur

Le réalisateur autrichien est de retour avec un autre portrait glaçant et puissant des pires caractéristiques humaines, avec l’ajout d’images des nouveaux médias à son style austère habituel.

Il y a cinq ans, avant de voir Amour, on se demandait si, comme il s’agissait de Michael Haneke, le titre avait une connotation ironique. Ce n’était pas le cas, et le film, ayant remporté la Palme d’Or à Cannes, a conquis le public avec son récit cruel mais aussi touchant de la relation sincère entre deux personnes âgées.

Cette année, l’Autrichien est de nouveau parmi nous avec Happy End, et cette fois il est impossible de se tromper: comme Funny Games en 1997, la positivité évoquée par le nom du film est une illusion (non, on ne révèle rien de la fin du long métrage, c’est assez évident si on connaît la filmographie de Haneke). Les différents personnages, incarnés pas Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz et Toby Jones auront droit à une bonne dose de souffrance.

C’est un film à la fois typique et atypique pour Haneke: l’austérité et la rigueur formelle sont bien présentes, mais cette fois elles sont accompagnées d’images venant de YouTube et autres réseaux sociaux, notamment dans la séquence d’ouverture qui introduit l’atmosphère générale de manière surprenante et subtilement effrayante. On s’attend d’emblée à una tragédie, et elle aura bien lieu, mais les admirateurs du cinéaste seront peut-être déçus par l’absence d’un vrai moment de choc.

Après le double triomphe d’Amour et Le Ruban blanc, ce nouveau Haneke fera vraisemblablement moins de bruit: il est moins pur, par moments moins captivant. On pourrait presque parler d’un Haneke "mineur", mais dans le cadre d’une carrière comme la sienne même en absence d’un chef-d’œuvre on a droit à une sacrée expérience en salle. Pour notre part, ça nous a fait trembler plus d’une fois, et sortir de la salle avec une belle envie de réfléchir sur les noirceurs de l’âme humaine. 

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