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Ready Player One

 
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Apologie de "geekland" et de l’anti-cinéma infantilisante et moralisatrice

Alors que son très bon The Post est encore sur les écrans, Steven Spielberg est aux commandes d’un produit moche à tous points de vue, un gloubi-boulga indigeste ponctué par une morale de cour d’école des plus abjectement ridicule.

Si l’on comparait le cinéma à la fast food, cette chose serait en tête de gondole, une horreur dégoulinant de gras faite pour satisfaire sur le moment et non un festin qui reste dans les mémoires. L’avenir nous le dira mais ce pitoyable Ready Player One risque très vite de très mal vieillir. Tout y est moche, de l’image au montage, de l’ineptie des personnages à leur interprétation désastreuse, de son effet de mode à son discours fallacieux.

On assiste à une cinématique (l’anti-cinéma par excellence) de jeu vidéo de 2h20 qui n’a aucune âme, que des tripes macérant dans leur jus de graisses hautement saturées. C’est tout simplement laid et ça pue la pire des nostalgies des adulescents rois de notre triste époque qui n’a pas su voir le danger que représentait la culture geek et son mauvais goût immodéré pour l’inculture de masse et l’inhumanisme au profit des nouvelles technologies et de la médiocrité intellectuelle déifiées.

Il n’y a aucune proposition de mise en scène car tout le mérite revient aux artistes et techniciens numériques dont l’artisanat tend vers une perfection impersonnelle alors qu’on attend de l’art une proposition d’expression. Cette chose est l’antithèse du cinéma car elle ne se focalise que sur l’action au lieu, comme le rappelait très bien Michel Hazanavicius lors de sa présentation du chef d’oeuvre de Michael Cimino, The Deer Hunter, aux récentes Rencontres du 7e art de Lausanne, de s’attarder sur ce qui se passe avant et après l’action. Tout est fait pour gaver des consommateurs peu exigeants de références tellement nombreuses qu’elles en deviennent nauséeuses et la preuve flagrante d’une absence complète de contenu, faute sans doute due au matériel de base sorti des neurones immatures de son auteur. Spielberg mériterait même un procès pour crime de lèse-majesté en osant inclure dans cette horreur un hommage foncièrement débile à l’un des fleurons du film d’horreur de la fin des années 70.

Et après ces interminables minutes de bruit, de fureur, de kitscherie et de verbiage geeko-intello-technologique, le pire reste la morale à deux balles assénée à deux reprises: seule la réalité est réelle. On croit juste rêver ou cauchemarder d’avoir subi tant de laideur pour parvenir à un tel enfoncement de porte ouverte parfaitement indigne.

Bref espérons que Spielberg, dont la filmographie comporte bon nombre de chefs-d’oeuvre, se reprendra vite en revenant au cinéma et à son essence première et non à cet ersatz post moderniste plus que raté qui ne devrait rester, par pitié, qu’au stade d’essai non transformé.

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