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Edmond

 
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Rostand in love. Sur les traces de Cyrano

Fort du succès de sa pièce éponyme (auréolée de 5 Molières), le prolifique Alexis Michalik continue d’improviser à partir de la légende entourant la création de Cyrano de Bergerac, monument de la littérature signé Edmond Rostand et joué pour la première fois au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 28 décembre 1897.

Le mythe qui entoure la création du plus romantique et du plus téméraire de tous les poètes maudits de la littérature française, était, déjà dans sa version théâtrale, exploité avec une audace et une invention remarquables – d’aucuns pourraient dire avec un certain panache. Si Edmond sur les planches se fonde sur un scénario de film non tourné – d’ailleurs, sa mise en scène très cinématographique participe de l’inventivité de l’œuvre théâtrale –, le premier long métrage de Michalik se veut l’adaptation de sa propre pièce.

Se plaisant à jouer sur l’opacité de la frontière entre réalité et fiction, le cinéaste jongle non pas avec les mots, tel que le fait son personnage (et sa création, qui d’ailleurs surpasse aujourd’hui son créateur en popularité), mais avec le rythme et ce, avec une telle volonté ostentatoire de nous garder éveillé que son effet est malheureusement contre-productif : la désagréable – mais si exquise !– attaque de paupières est bel et bien en passe de prendre le dessus. Et c’est bien malheureux tant la précision de l’écriture et le jeu intelligent des acteurs (notamment Olivier Gourmet dans le rôle de Constant Coquelin) parviennent à élever sporadiquement les amusantes anecdotes imaginées pour expliquer la naissance des célèbres vers écrits par Edmond, puis déclamés par Cyrano.

Néanmoins, alors que l’atmosphère féérique portée par une photographie vient sublimer, à coups d’une palette de teintes chatoyantes, une Belle Époque idéalisée (rappelant en cela le Paris du récent Au revoir là-haut), la réalisation, elle, manque d’éclat. Quant à la voix over, qui ouvre et ferme avec emphase et gravité le récit comme un livre de conte, l’artifice maintes fois entendu est de trop. À s’attarder sur l’homme et l’artiste de génie dont l’inspiration en berne n’attend que les coups du hasard (ou du destin) et surtout le désir d’une femme pour se réveiller, les scènes se répètent et le film peine à décoller. La sincérité de l’ensemble fait malgré tout d’Edmond une plaisante envolée autour du grand mythe de la création artistique.

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