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Godzilla: Roi des monstres

 
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Des monstres, des monstres, oui mais des Kaijūs

Avec ses immenses sabots, Hollywood continue de massacrer la franchise japonaise en lui ôtant toute sa dimension bestiale, poétique et politique. Et malheureusement ce n’est pas encore fini.

Toujours en deuil de leur fils tué lors de la dernière incursion de Godzilla en 2014 (voir Godzilla de Gareth Edwards) le couple Emma et Mark Russell et leur fille Madison peinent à se reconstruire, comme on dit. Emma, scientifique chevronnée au sein de l’agence militaro-crypto-zoologique sobrement prénommée Monarch, est parvenue à créer un logiciel capable de communiquer avec les Kaijūs. Il semblerait que cela soit utile car ces monstres, issus de l’abus d’expérimentations nucléaires de toutes sortes, pourraient aider la planète dans son défit climatique. D’accord, pourquoi pas, mais c’est fortement tirés par les cheveux et prétexte à faire écho à l’actualité, sans autre réflexion digne de ce nom. En gros, son système parvient à se mettre sur la même longueur d’onde que la grosse bestiole et, ô joie, miracle, volupté, à la calmer d’emblée. On aimerait rire un peu mais c’est tellement consternant que l’on craint ce qui va suivre. Cette boîte de Pandore qui réveillent Rodan, Mothra et Gidhorah entre autres joyeusetés devient très vite incontrôlable. Sans blague. La solution: trouver Godzilla pour qu’il remette tout ce gros monde à sa place. Heu, mais bien sûr.

A part les effets visuels impressionnants (mais c’est la moindre dans un tel produit) et une musique (largement inspirée par les thèmes japonais originaux) spectaculaire, il n’y a rien à sauver de ces deux heure dix de bruit et de fureur. Le gigantisme auquel on est en droit de s’attendre tombe à plat car les vilaines bébêtes sont la plupart du temps ”filmées” en gros plans et accompagnées par des effets d’eau, de feu ou de rayons en tout genre et de toutes les couleurs. Très souvent, on a du mal à se situer en tant que spectateur face à ces combats et on perd ses repères. Du coup le vainqueur de ce parti pris peu pertinent est l’ennui. Et c’est aussi l’ennui qui qualifie la pénible petite famille Russell. Cette dernière nous fatigue avec son traumatisme dû à la perte de leur fils, cinq ans auparavant. On a juste envie de leur conseiller d’aller consulter un spécialiste de la question. En plus ce thème qui aurait pu être un point fort est traité de la pire manière téléviso-hollywoodienne, à savoir faire pleurnicher dans les chaumières: la sacro-sainte émotion devenue la mamelle principale de la pompe à fric et, malheureusement par conséquence, gage de qualité pour certains critiques qui ne savent plus faire la part des choses entre divertissement mercantile et oeuvre d’art.

On sort de cette chose éreinté. Cela plaira à ceux qui vont au cinéma pour en sortir lessivés comme ces sportifs qui sont au bord de la mort après un exploit genre triathlon de la mort, mais tellement heureux et fiers. Les autres quitterons la salle d’une humeur massacrante d’avoir été mentalement rackettés par un produit aussi bête et laid, au travers d'un marketing fallacieux qui ne mise que sur l'aspect spectaculaire de la chose.

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