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Rambo V: Last Blood

 
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A la fin de John Rambo (2008), notre héros rentrait au bercail dans son ranch natal, après avoir livré ce que l’on pensait alors être un dernier baroud d’honneur. Onze ans plus tard, Stallone revient à ce personnage qui a contribué à son succès pour un Rambo : Last Blood qui, sur le papier, pouvait laisser dubitatif. Comment en effet, après le remarquable opus précédent qui concluait alors l'arc narratif du personnage sur une image inoubliable, Stallone pouvait-il redonner un nouveau souffle à la saga ? Le pari est finalement à moitié réussi, ce qui n’est déjà pas si mal compte tenu de la difficulté de la tâche.

Beaucoup de bêtises ont été dites et écrites sur ce nouveau Rambo : facho, raciste, pro-Trump et autres inepties n’ayant finalement aucun sens (sans comparer les films, Voyage au Bout de l’Enfer était lui aussi accusé de racisme en son temps, de la même manière que Dirty Harry était taxé de fachisme). Ce qui intéresse Stallone, c’est avant toute chose creuser l’âme de son personnage tout en  proposant une réflexion sur la notion de vengeance. On le sait, le parcours de Rambo s’est toujours déroulé sur un chemin de mort, cette dernière frappant régulièrement le personnage comme une malédiction. Cet état de fait se confirme dans ce Last Blood, la disparition d’un protagoniste étant pour le coup vraiment marquante et inattendue. Dans cette scène terrible, Rambo prononcera ces mots: « Pourquoi pas moi… ». Une façon pour le personnage de se rendre compte à nouveau de la malédiction qui le frappe.

Et qui dit mort dit forcément vengeance. C'est ici que se trouve le second intérêt du film, dans le propos qu'il développe sur le processus de la vengeance. Lors d’une conversation entre Rambo et une journaliste qui a perdu sa sœur, enlevée, droguée, exploitée sexuellement et finalement tuée par un cartel mexicain, le personnage lui explique qu’il faut que les coupables ressentent la douleur qu’ils ressentent tous les deux. Là où la journaliste considère que tout est fini et que ça ne sert à rien, Rambo estime au contraire que les responsables doivent souffrir comme eux, qu’ils ressentent cette douleur. On touche là un problème maintes fois abordé au cinéma et chaque spectateur sera libre de se faire sa propre opinion sur le sujet.

Par ailleurs, en menant son personnage vers la vengeance, Stallone fait écho à l’opus précédent de la saga lorsque Rambo reconnaissait qu’il ne s’était jamais battu pour son pays, mais uniquement pour lui. La vengeance personnelle de Last Blood s’inscrit donc totalement dans la logique du personnage.

Et question vengeance, préparez-vous à du violent. Autant John Rambo était gore, autant Last Blood est gore ET violent. La scène de la dernière exécution étant à ce titre d’une cruauté et d’une barbarie rarement vues dans un film d'action interdit aux moins de 12 ans en France (mais classé R aux Etats-Unis).

Et c’est finalement peut-être là que le film pêche, dans l’exécution de la vengance du personnage, qui fait cruellement penser à un Taken version Rambo. Le dernier acte est à ce titre certes jubilatoire (préparez les serpillères, l’hémoglobine gicle de partout), mais en-deça de ce qui aura précédé, bien plus intéressant et introspectif qu’il n’y paraît.

Alors bien entendu, ce Last Blood est certes inférieur en qualité à Rambo premier du nom ou à John Rambo. Mais il ne mérite clairement pas l’opprobre qui s’abat sur lui à bride abattue. "It's a long road when you're on your own".

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