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Joker

 
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Joker n'est pas un mauvais film. Pire, c'est un film moyen. Evacuons d'emblée la critique stupide consistant à dire que le réalisateur de Very Bad Trip n'avait rien à faire aux commandes du film. Pourquoi un metteur en scène devrait-il se cantonner à un genre? Un cinéaste comme Patrice Leconte a réalisé Les Bronzés ET Le Mari de la Coiffeuse. Albert Dupontel a mis en scène Bernie et Au-Revoir Là-Haut. Dans tous les cas des réussites.

En revanche, ce qui cloche dans Joker, c'est la régularité quasi-métronomique avec laquelle le réalisateur saborde toutes les bonnes idées du film. A commencer par le rire du Joker, bonne idée en soi mais qui, à force de revenir toutes les cinq minutes dans la bouche de Joaquin Phoenix, devient insupportable. A propos de Joaquin Phoenix, excellent acteur au demeurant, il en fait ici des tonnes pour surligner au marqueur jaune fluo la folie de son personnage. Quant au choix de le faire apparaître régulièrement torse nu, cotes saillantes, cela n'a visiblement comme intérêt que de taper dans le dos du spectateur pour lui dire: “Hé, t'as vu comme il a perdu 23 kg pour le rôle Joaquin Phoenix?“

Mais ce qui est impardonnable dans le film, c'est son twist, qui détruit l'une des meilleures idées du long-métrage, celle qui donnait une épaisseur inattendue à son personnage. Sans spoiler, le réalisateur Todd Phillips se la joue Shyamalan. Mais un Shyamalan à la ramasse, qui, loin de donner un sens à son film, use du twist pour re-surligner la folie totale du Joker. Impardonnable et même insultant pour le spectateur, car construire une telle sous-intrigue, encore une fois très intéressante, pour la détruire ensuite en trente secondes, c'est non seulement scénaristiquement idiot mais également méprisable car méprisant pour le public. Enfin, laisser planer le doute sur la véritable filiation du Joker est là aussi totalement incompréhensible. Sur ce sujet, le film ne prend jamais position, laissant en plan une idée qu'il aurait fallu au contraire trancher.

Pourtant, tout n'est pas à jeter dans Joker. A commencer par son contexte réellement prenant. Cette atmosphère révolutionnaire, de fin du monde, dans une Gotham gangrénée par l'abandon des minorités, trouve un écho actuel pertinent, conférant au film une dimension politique bienvenue. A l'heure des adaptations de comic books de plus en plus édulcorées, une telle entreprise mérite d'être saluée. Par ailleurs, la violence du film, elle aussi à l'opposé des adaptations Marvel, est sèche, froide et innatendue (voir à ce titre la tétanisante scène finale du talk show).

Mais ces qualités indéniables, auxquelles on peut rajouter une mise en scène plutôt inspirée, ne suffisent pas à expliquer l'engouement quasi-unanime pour le film. A moins que la prestation over the top de son interprète principal n'ait suffit à créer un écran de fumée sur un film bien moins abouti qu'il n'y paraît.

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