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Le Diable, tout le temps

 
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Le Diable, tout le temps est probablement le meilleur long-métrage actuellement proposé par Netflix. Adaptation du roman éponyme de Donald Ray Pollock, le film d'Antonio Campos (Simon Killer, Christine), d'une moiteur et d'un pessimisme à toute épreuve, s'inscrit comme une impitoyable parabole sur la contamination par le mal et sa transmission à travers les générations.

Explosant la temporalité de son récit, le metteur en scène suit les trajectoires de plusieurs personnages (un pasteur abusant de jeunes filles, un vétéran de la guerre hyper violent, un couple de tueurs en série, un policier corrompu, un prédicateur illuminé) qui in fine verront leurs trajectoires se rejoindre. Au milieu de ce chaos et de cette violence qui transpirent de la quasi-totalité des protagonistes, le personnage d'Arvin Russel (formidablement interprété par un Tom Holland semblant habité par son rôle), tente de se frayer un chemin. Contaminé dès son plus jeune âge par un père traumatisé par la guerre et que la maladie de sa femme a fait basculer dans la violence la plus sèche, Arvin s'évertuera à s'extirper d'une condition héréditaire qui ne cessera de lui coller à la peau.

La grande force du film réside tout d'abord dans sa narration impeccable, soutenue par la voix off de l'auteur du roman Donald Ray Pollock lui-même, conférant au récit un caractère fataliste et inéluctable dans lequel le déterminisme social le dispute à une vision désenchantée de l'humanité. Humanité semblant gangrénée de l'intérieur par la religion dont les dérives extrêmes et la blancheur immaculée de façade de ses représentants ne produisent que des victimes. A l'image du personnage du pasteur, porté par un incroyable Robert Pattinson, qui profite de son statut pour abuser d'innocentes jeunes filles.

La mise en scène de Campos ensuite, soutenue par la sublime photographie du chef opérateur Lol Crawley et l'admirable musique de Danny Bensi et Saunder Jurriaans, parvient à nous faire physiquement ressentir le mal qui ronge les protagonistes et l'irréversibilité du destin dont ils sont les véritables proies. Ponctuée d'éclats de violence qui rythment le récit telles les pulsations d'un battement de coeur, l'histoire déroule un mécanisme qui ne s'arrêtera jamais, jusqu'à une ultime scène qui scellera la destinée du personnage principal, le ramenant sur les traces de son père, bouclant la boucle d'une fatalité que l'on devinait dès le départ inévitable.

On pourra toujours pinailler sur une durée qui aurait gagné à être plus ramassée ou sur certains personnages que l'on aurait aimé voir davantage exploités (la soeur du policier corrompu, notamment), le fait est que Le Diable, tout le temps s'inscrit comme l'un des représentants les plus inoubliables du southern gothic.

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