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Bâtards

 
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Enfants objets

Prenant le pouls de l’air du temps peu reluisant de notre époque surmédiatisée délétère, la mini-série Bâtards reste en surface tout en abordant quelques sujets pertinents.

Lauréate du concours Fantastic Web Contest organisé par le NIFFF et la RTS, la série Bâtards produite par la RTS et Box Productions et réalisée par Malou Briand et Raphaël Meyer, devait faire l’ouverture de la vingtième édition du NIFFF qui n’a pas eu lieu. Elle est disponible depuis dimanche sur Play RTS, Play Suisse, Youtube et dans l’onglet vidéo de cette page. Elle comprend six épisodes et dure un peu plus de cinquante minutes. Cette initiative qui a pour but de soutenir la création suisse dans le domaine des nouvelles écritures et des médias digitaux impose deux règles très strictes qui peuvent paraître restrictives: flirter avec le fantastique dans sons sens le plus dilaté et s’adresser à un jeune public. Bâtards répond parfaitement à ces critères pour le meilleur et pour le pire.

Dans le premier épisode intitulé Incroyables Bâtards, on ne découvre que le jeu putassier de télé-réalité auquel participent des enfants piochés dans une communauté de rejetons abandonnés par leurs parents suite à une crise indéfinie qui a engendré une telle misère qu’il est devenu impossible de s’en occuper si l’on ne fait pas partie des classes les plus aisées. Ces gamins devenus les objets mercantiles d’une chaîne de télévision en mal de sensations fortes, s’affrontent dans des épreuves particulièrement atroces et vulgaires afin de gagner de l’argent et d’être adoptés par un couple riche et célèbre. Cet épisode d’introduction ne va guère plus loin et ne fait que très peu d’incursion de l’autre côté de l’écran.

Le deuxième volet, Les Parents fait rebondir le scénario en exposant le mensonge de la production du jeu concernant le prix promis et cela engendre une révolte des participants. 

Bâtards comporte quelques bonnes idées surtout quand le cynisme vient perturber la narration assez convenue. Le coup des publicités par exemple relève d’une excellente trouvaille parfaitement concrétisée, tout comme la scène de vol de voiture et la fin. A part cela, il faut bien avoué que si l’on ne fait pas partie du public cible (restriction qui sera toujours une faiblesse en mettant d’office de côté tous les autres), il y a une certaine faiblesse au niveau de l’écriture car la série ne prend que trop peu le temps de gratter la couche derrière le décors, mettant l’accent sur l’action. Du coup, la critique de ce genre de produits qui envahissent les médias et trouvent l’assentiment d’une masse toujours plus grande, devient grossière, voire naïve. A trop caresser dans le sens du poil, on oublie de déranger et de vraiment interloquer ses spectateurs et on ne fait que leur offrir ce qu’on juge qu’ils veulent voir, sans prendre la peine d’une réflexion digne de ce nom.

En résumé, cette série se laisse regarder pour ces trop rares fulgurances mais ne constitue de loin pas l’uppercut que ses faiseurs et leurs supporters veulent bien nous vendre.

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