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Mourir peut attendre

 
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R†P James Bond®

En reprenant tout ce qui fait la popularité de l’agent 007, No Time to Die conclut l’ère Daniel Craig dans une sorte de requiem qui jure énormément avec le personnage de Ian Fleming.

Dans cet épisode qui est le plus long de la saga (2h43 au compteur) réalisé par l'Américian Cary Joji Fukunage, il y a tout ce que l’on attend d’un James Bond digne de ce nom: cascades à la limite de l’improbabilité, explosions dantesques, gadgets sophistiqués, belles femmes, les incontournables Q, M et Moneypenny, un méchant historique (Blofeld) et des enjeux géopolitiques. Tous ces points positifs sont ramassés dans la première heure et demie de No Time to Die. La scène d’action située dans la ville italienne de Matera en est le parfait exemple. Pas étonnant qu’elle serve de publicité au produit par son importante présence au sein de sa bande-annonce. C’est l’archétype de la scène d’ouverture d’un James Bond mais elle est ici précédée d'un flash back quasiment horrifique où un affreux tue sauvagement une mère française dans un chalet de montagne en plein hiver et tente d’éliminer la fillette de cette dernière. Vient ensuite, le traditionnel générique chanté par Billie Eilish et dans lequel on trouve, entre autres idées ingénieuses, une armée de revolvers constituant une chaîne ADN. Niveau qualité, on peut encore citer la mise en scène efficace de Fukunaga sans qu’elle ne révolutionne quoi que ce soit et une interprétation de bon aloi à l’exception de Rami Malek qui peine à rendre son Lyutsifer (sic) Safin captivant.

La conclusion de l’ère Daniel Craig permet de s’interroger sur l’essence du personnage créé en 1953 par l’écrivain et ancien espion Ian Fleming. James Bond était la réponse britannique aux supers héros américains. Même s'il est dépourvu de pouvoir paranormaux, ce personnage haut en couleur a pour mission de sauver le monde des affreux qui veulent s’en emparer et le mettre à leur botte. Il n’a pas le temps ni la vocation de se perdre dans des états d’âmes stériles chers aux scénaristes et aux spectateurs actuels, ce que l’on appelle à tort et à travers les émotions, mot récurrent qui pollue de plus en plus communément le discours des critiques et du public de manière indigeste. Et quand il ne sauve pas le monde, James Bond prend du bon temps en sirotant du Martini, en chambrant Moneypenny et en collectionnant les conquêtes féminines. C'est ce qui faisait le sel des périodes incarnées par Sean Connery et Roger Moore. N'en déplaise à la bienséance érigée en précepte depuis "Me Too", James Bond est ce que l'on n'ose plus appeler un macho, ce qui ne veut dire aucunement qu'il use de violence envers la gent féminie pour parvenir à ses plaisirs. En deux films tout à fait oubliables, Timothy Dalton l'avait lamentablement transformé en redresseur de tort à l'impérialisme américain capitaliste à peine déguisé avant que Pierce Brosnan lui redonne sa touche de flegme so british. Puis, avec l'ère Daniel Craig, le personnage est devenu sombre, torturé, limite shaekespearien et empreint d'une sensiblerie à mille lieues du héros de Ian Fleming. Et cette période se conclut ici dans une sorte de requiem pathétique où l'on retient malheureusement plus les inombrables scènes de larmes de l'insupportable Léa Seydoux que les séquences d'action pourtant rondement menées. La preuve que James Bond ne peut sombrer dans les états d'âmes sans perdre son aura réside dans la fin de Au service secret de Sa Majesté réalisé par Peter R. Hunt en 1969 où, à peine marié, il devient veuf. Une existence normale lui est interdite car ce n'est pas sa vocation. Vouloir essayer de faire le contraire était voué à l'échec artistique cuisant et No Time to Die en est la preuve irréfutable malgré ses qualités plastiques.

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