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Mourir peut attendre

 
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Le 25ème film de la saga bondienne, ultime opus de l'ère Craig, s'inscrit à la fois comme une oeuvre nostalgique de son héritage et résolument tournée vers l'avenir. Cet aspect bicéphale du film en fait toute la saveur, le charme et l'intérêt. Dès son ouverture, le film pose ce parti-pris avec le traditionnel gun barrel (ce plan filmé depuis l'intérieur d'un canon de pistolet), ici totalement blanc, sans ses habituelles coulées de sang. Cette couleur blanche que l'on retrouvera dès la scène suivante, dans la neige, prélude à une séquence pré-générique de 25 minutes qui s'impose comme la plus magistrale de toute la saga. Une manière de signifier par l'image qu'une ère s'achéve et qu'une nouvelle va débuter. Une séquence pré-générique, donc, qui se poursuivra par une incroyable poursuite en voitures et à motos dans les rues escarpées de la ville italienne de Matera et s'achèvera par un sublime générique, d'un graphisme d'une bauté rare, au son du No Time To Die de Billie Eilish, sur fond d'une police de caractère citant les premiers Bond. Le ton est posé, la messe est dite.

Aux manettes de Mourir Peut Attendre, on retrouve le réalisateur Cary Joji Fukunaga, dont l'admirable première saison de True Detective est encore dans les mémoires. Le metteur en scène propose ici des scènes d'action de très haute volée. Outre l'ouverture italienne, un sublime plan séquence dans le dernier acte du film, suivant Bond dans une longue scène de baston dans un escalier, possède une brutalité, une fluidité et un pouvoir d'immersion assez phénoménaux. D'autres séquences (le plan aérien dans la neige, l'infiltration dans une soirée remplie d'agents du Spectre, le dernier plan faisant apparaître Bond, de dos, ou encore la séquence "survival" en pleine forêt dans la brume), imposent Fukunaga (qui remplace au poste de réalisateur Danny Boyle, ce dernier ayant quitté le navire pour différends artistiques) comme un metteur en scène à suivre de très près.

Avec Mourir Peut Attendre, les scénaristes poursuivent l'entreprise de reconstruction du personnage de Bond. Le machisme, l'impassibilité et l'apparente absence d'émotions de 007 se craquèlent peu à peu depuis Casino Royale pour révéler un agent secret beaucoup plus empathique, sensible, humain. L'issue du film constitue à ce titre l'aboutissement logique de ce processus. Là où les gardiens du temple poussent des cris d'orfraie en hurlant à la trahison et au non-respect du personnage (espérant finalement que le film ne leur apporte que ce qu'ils en attendaient...), il faut y voir au contraire une évolution salutaire ayant d'une part permis de relancer la franchise mais aussi et surtout de ne pas faire de sur-place avec un héros dont les contours restaient peu ou prou inchangés depuis 60 ans. Excepté dans l'admirable Au Service Secret de sa Majesté, où Bond se mariait et perdait sa femme dans la foulée. Plusieurs échos à ce film (l'un des meilleurs) se retrouvent d'ailleurs dans Mourir Peut Attendre, du lien unissant Bond à Madeleine Swann (Léa Seydoux) jusqu'à la double reprise du titre We Have All The Time In The World de Louis Armstrong.

Impossible enfin de révéler les deux évènements massues que le scénario réserve au personnage de Bond, s'imposant comme l'oméga de son évolution depuis maintenant cinq films, sans gâcher le plaisir du spectateur. Disons simplement que l'on n'aurait jamais soupçonné une telle force dramaturgique et émotionnelle issues d'un Bond.

Au bout des 2h43 que compte le film (durée un poil trop longue, là est sa seule faiblesse), la boucle est bouclée, une époque s'achève, le générique se déroule sur l'écran et le spectateur quitte la salle avec une image en tête, un unique plan, un seul, deux secondes de photogramme, qu'il n'est pas prêt d'oublier. See you soon James.

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