Critique

Gran Torino

 
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Dirty Clint. Quelques mois à peine après The changeling (L'échange), le stakhanoviste Clint Eastwood nous livre son nouvel opus, et revient pour l'occasion devant la caméra (pour la dernière fois, selon les dires de l'intéressé). Et prouve à nouveau qu'il est l'un des metteurs en scène les plus précieux qu'ait connu Hollywood. Gran Torino, c'est l'histoire d'un homme et de son démon. Et de la façon dont l'un va se débarrasser de l'autre. Dans la peau de Walt Kowalski, Eastwood campe un personnage dont les traits de caractère empruntent à certaines de ses incarnations passées. On peut en effet y retrouver un brin de Harry Callahan (L'inspecteur Harry), une once de Red Garnett (Un monde parfait), ou encore un soupçon de William Munny (Impitoyable). Hanté par un drame passé, Kowalski va chercher à se racheter, à expier une faute qui a brisé sa vie, et à retrouver ainsi la paix. Le thème n'est certes pas nouveau (l'homme en proie à ses démons intérieurs a nourri l'histoire du cinéma, y compris dans la filmographie passée d'Eastwood), mais le traitement a l'immense mérite de se démarquer de ses prédécesseurs. En effet, le metteur en scène se rue dans les brancards du politiquement correct avec un plaisir des plus jubilatoires. A l'image de ces nombreuses lignes de dialogues, moqueries et joutes verbales mettant en jeu l'origine ethnique des différents protagonistes (Italien, Irlandais, Noirs, Polonais, Asiatiques, en prennent tous pour leur grade). Mais jamais les personnages ne glissent dans le racisme, car il y a toujours entre eux un profond respect mutuel (voir pour cela la scène-clé de l'initiation chez le coiffeur). Kowalski lui-même n'est pas raciste (contrairement à ce que l'on peut lire ici et là), ses insultes envers ses voisins asiatiques n'étant qu'une conséquence de son expérience dramatique durant la guerre de Corée, et la progression du personnage révélant sa véritable nature.

Cependant, l'énorme potentiel émotionnel du film est malheureusement désamorcé dans son final par une mise en scène approximative. On a le sentiment que le réalisateur ne savait pas trop comment filmer l'issue de son film. En effet, la caméra, dans ce final au demeurant inattendu, ne s'attarde pas suffisamment sur l'entourage de Kowalski, sur les visages, sur les émotions, et traite l'évènement avec une neutralité brouillonne regrettable.

Malgré cette réserve qui ampute l'impact final de l'histoire, Gran Torino demeure néanmoins un film d'une très grande richesse narrative, en même temps qu'une mise en perspective des personnages incarnés par Eastwood tout au long de sa carrière. Et le film de révéler une fois de plus à quel point les aveugles qui n'ont cessé de taxer Eastwood de fasciste étaient depuis toujours dans le faux.

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