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Ajami

Ajami
Réalisateur: Scandar Copti et Yaron Shani
Acteurs: Shakir Kabaha, Fouad Habash et Ibrahim Frege
Genre: Drame
Pays: Israel
Age légal: 16 ans Age conseillé: 16 ans
Distributeur: Trigon Film
Date de sortie: 31.03.2010
Critique: Gaëlle Tschanz
Note: * * * *

Horaires

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Synopsis

Le quartier d'Ajami, à Jaffa, est un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Le jeune Nasri, âgé de 13 ans, et son grand frère Omar vivent dans la peur depuis que leur oncle a tiré sur un membre important d'un autre clan. Malek, un jeune réfugié palestinien, travaille illégalement en Israël pour financer l'opération que sa mère doit subir. Binj, palestinien, rêve d'un futur agréable avec sa petite amie chrétienne. Dando, un policier juif recherche désespérément son jeune frère disparu... L'histoire de destins croisés au coeur d'une ville déchirée.

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Critique

« Confondre la fiction et la réalité », voilà le but que s'était fixé Scandar Copti et Yaron Shani en réalisant Ajami. L'objectif est atteint. Filmé à la façon d'un documentaire, ce long métrage nous propose en effet une plongée au cœur du quartier cosmopolite d'Ajami à Jaffa en Israël. Le quotidien y est dépeint de façon crue et on ne peut plus réelle alors que de véritables habitants du coin s'improvisent acteurs pour les besoins du film. Une fois le décor posé, Shani et Copti y mêlent la fiction et orchestrent la descente aux enfers de cinq personnages principaux, entraînés dans une même intrigue.

Ajami est un de ces films qui agit comme une claque en pleine figure à la manière de La haine ou La cité de dieu. Comme dans ces derniers, les protagonistes sont ici des adolescents et de jeunes adultes confrontés à un monde où la violence règne et le film soulève la question suivante : à cet âge charnière, comment faire des choix et regarder vers le futur dans un pays gangrené par une guerre sans issue ?

Ce qui est étonnant et remarquable, c'est que les deux réalisateurs éliminent de leur scénario toute dimension politique. Tous les grands noms du conflit, chefs d'états ou groupes armés, qui font habituellement les gros titres de la presse internationale sont complètement ignorés et laissent place à ceux qui vivent le chaos de l'intérieur. Un choix de regard original et profondément humain. Pas non plus de point de vue d'une seule communauté. Shani et Copti (l'un est israélien, l'autre palestinien) veulent raconter l'histoire des gens qu'ils connaissent, des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans qui malgré les évènements travaillent et vivent côte à côte.

Une mise en scène subtile nous laisse pleinement nous imprégner des ambiances, des bruits et des couleurs de la ville tandis que le film est découpé en plusieurs chapitres, livrant au compte-goutte et de façon non chronologique les indices qui nous mèneront au dénouement final. Ce montage est efficace et rythme parfaitement le récit mais ne laisse par contre que peu de place aux personnages. Plus préoccupés par leur puzzle narratif, Shani et Copti ne nous laissent pas le temps de nous attacher aux héros et n'approfondissent malheureusement pas assez leurs personnages, au risque de diminuer l'impact de l'histoire.

Nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger, Ajami est une œuvre forte mais d'un pessimisme décourageant. Le film a bien sûr le mérite de nous offrir une prise de conscience  indispensable, mais ne laisse finalement derrière lui que l'impression d'un combat perdu d'avance.

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Commentaires

1 commentaire
dfafdasf il y a 5 mois

Première réalisation commune du couple de cinéastes israélo-palestinien Scandar Copti et Yaron Shani, Ajami est un film choral arbitré avec la finesse d'un Nine Lives, sans le clinquant d'un Magnolia, et bâti sur le même schéma narratif que les réalisation d'Alejandro Innaritu, Amours Chiennes en tête. Une comparaison qui se justifie d'autant plus, Ajami employant un langage cinématographique similaire, certes moins impressionnant, en particulier dans la thématique de la guerre des gangs.

Alternant moment de grande tendresse et violence gratuite, ce grand oublié de la cérémonie des Oscars point du doigt les dérives d'une nation israélienne, aussi instable qu'en péril. Un état des lieux difficiles à avaler, qui n'est pas resté sans polémiques. Passons, car Ajami vaut bien mieux qu'une énième dose de scandale.

Guidé par un scénario en tout point brillant, Ajami égrène le quotidien de juifs, de musulmans et de chrétiens habitants le quartier du même nom, hors de tout pacifisme. Sans réelle originalité ou nouveauté, le spectateur est pourtant rapidement capté par le rythme et l'énergie qui se dégage des images. L'ouverture en témoigne, s'ouvrant sur un assassinat, perpétré en pleine rue. Sanglant, mais d'un réalisme frappant, duquel se dégage une atmosphère sourde et inquiétante. Car, dans ces blocs d'apparences calmes, morale et loi semblent n'avoir jamais eu d'emprises.

Troublant et captivant, Ajami est un film pour lequel on se prend rapidement d'affection, à l'instar de ses personnages dont l'authenticité ne faillit pas. Car, tout comme leur environnement et leur monde, ceux-ci sont en totale perdition, et nous, indirectement. Le propos du duo n'en devient dès lors, que plus poignant et éloquent.