Première réalisation commune du couple de cinéastes israélo-palestinien Scandar Copti et Yaron Shani, Ajami est un film choral arbitré avec la finesse d'un Nine Lives, sans le clinquant d'un Magnolia, et bâti sur le même schéma narratif que les réalisation d'Alejandro Innaritu, Amours Chiennes en tête. Une comparaison qui se justifie d'autant plus, Ajami employant un langage cinématographique similaire, certes moins impressionnant, en particulier dans la thématique de la guerre des gangs.
Alternant moment de grande tendresse et violence gratuite, ce grand oublié de la cérémonie des Oscars point du doigt les dérives d'une nation israélienne, aussi instable qu'en péril. Un état des lieux difficiles à avaler, qui n'est pas resté sans polémiques. Passons, car Ajami vaut bien mieux qu'une énième dose de scandale.
Guidé par un scénario en tout point brillant, Ajami égrène le quotidien de juifs, de musulmans et de chrétiens habitants le quartier du même nom, hors de tout pacifisme. Sans réelle originalité ou nouveauté, le spectateur est pourtant rapidement capté par le rythme et l'énergie qui se dégage des images. L'ouverture en témoigne, s'ouvrant sur un assassinat, perpétré en pleine rue. Sanglant, mais d'un réalisme frappant, duquel se dégage une atmosphère sourde et inquiétante. Car, dans ces blocs d'apparences calmes, morale et loi semblent n'avoir jamais eu d'emprises.
Troublant et captivant, Ajami est un film pour lequel on se prend rapidement d'affection, à l'instar de ses personnages dont l'authenticité ne faillit pas. Car, tout comme leur environnement et leur monde, ceux-ci sont en totale perdition, et nous, indirectement. Le propos du duo n'en devient dès lors, que plus poignant et éloquent.

























