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Cold Weather

Cold Weather
Réalisateur: Aaron Katz
Acteurs: Cris Lankenau et Trieste Kelly Dunn
Genre: Comédie, Policier, Drame
Pays: USA Durée: 95 mins
Age légal: Tous Age conseillé: Tous
Date de sortie: 12.08.2010
Critique: Loïc Valceschini
Note: *

Synopsis

"Après avoir abandonné ses études à Chicago, Doug retrouve le climat pluvieux de Portland en Oregon. Sans but et indécis quant à son avenir, il vit chez sa sœur Gail, une femme stable et responsable, et passe ses journées à dormir et relire de vieux romans policiers. Finalement, il trouve un poste dans l’équipe de nuit d’une usine de glace où il fait la rencontre de Carlos dont il devient l’ami après lui avoir prêté un exemplaire des Aventures de Sherlock Holmes, son livre préféré. Doug se fait à peine à sa nouvelle vie que Rachel, son ancienne petite amie de Chicago, arrive en ville. Il se méfie d’elle, mais la présente à Carlos et à Gail. Un soir, Rachel n’est pas au rendez-vous! Carlos est alors convaincu qu’il est arrivé un malheur. Si Doug et Gail pensent d’abord que Sherlock Holmes lui monte à la tête, très vite ils suspectent à leur tour un mauvais coup. Menés par Doug, qui se fie à ses compétences de grand lecteur de romans policiers, le trio mène l’enquête. Les indices les conduiront pas à pas vers la mystérieuse vérité de Rachel." (pardo.ch)

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Critique

Quelque part entre comédie et film policier, Cold Weather est une petite production américaine se déroulant à Portland. Faisant partie du ''mumblecore'', ce mouvement de réalisateurs américains de films indépendants à (tout) petits budgets, Aaron Katz signe avec ce film une oeuvre complète et dense, dans laquelle il mélange subtilement différents genres. Comme le voulait Katz cependant, la relation entre Doug et Gail pré-domine le reste du récit, empêchant ce dernier de trop virer dans une histoire policière amateur, qui se serait finalement révélée anodine. La narration se focalise à la place sur ce frère et cette soeur qui, sans s'étaler en longs dialogues laborieux, en dit beaucoup. Car si le film ne puise pas sa qualité dans son rythme, lent et parfois laborieux, il le trouve dans son écriture, maligne, qui nous offre des dialogues savoureux, à la fraicheur apparente et à la sincérité certaine. Katz n'hésite pas à placer des silences ici et là afin de ponctuer les scènes de discours, pour lesquelles les acteurs semblent jouir d'une aisance naturelle, ne cessant d'amplifier la crédibilité des séquences. Bien que réalisateur n'ait certainement pas choisi le rythme le plus soutenu pour son film, il a le mérite d'accroître la réelle probabilité d'une telle situation, se rapprochant plus de la vie de tous les jours – également par ses personnages vrais, qui ne sont pas érigés comme des héros de fiction – que d'un film de cinéma, à la grandiloquence improbable.

Sur bien des points, Katz désamorce donc les attentes du spectateur, notamment en jouant avec les codes et traits scénaristiques des genres sur lesquels il base son film. A ce sujet, l'excellente scène de vol final, drôle et décalée, témoigne parfaitement de la volonté du réalisateur à ancrer ses personnages dans un réalisme certain, les affublant d'une maladresse très humaine. En effet, au lieu de présenter cette séquence de manière classique, c'est-à-dire en insistant sur une tension soudaine liée au rapt, Katz préfère laisser ses personnages ergoter sur la meilleure conduite à adopter, passant en revue les différentes possibilités qui s'offrent à eux. Le réalisateur en profite pour y incruster quelques idées farfelues, foncièrement absurdes, comme le choisiront finalement les personnages, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Techniquement et plastiquement, Cold Weather n'a rien à envier aux plus grosses productions. Tourné avec la Red, cette petite caméra prodigieuse qui permet une qualité photographique étonnante, le film est doté d'une forte identité visuelle, oscillant entre la froideur des lieux extérieurs et la saturation de certaines couleurs. Andrew Reed, déjà directeur de la photographie sur les deux précédents longs-métrages de Katz (Dance Party, USA, Quiet City), fournit une très belle image, dont l'ambitieux résultat n'a pas été limité par le maigre budget imposé à ce genre de productions indépendantes. Enfin, la musique signée Keegan DeWitt, créée par des instruments moins récurrents dans la musique de films (percussions asiatiques), tantôt discrète, tantôt marquée, favorise la création des ambiances recherchées, ou vient sous-tendre le décalage recherché dans certaines situations.

Loin des grosses comédies américaines qui ne cessent d'envahir nos écrans depuis de nombreuses années, Cold Weather redonne espoir au(x) genre(s) par son soin dans l'écriture, et par ses qualités multiples qui vont à contre-courant des productions actuelles. Comme le film sera difficilement visible en dehors des festivals, il faudra en revanche se rabattre sur le marché du DVD, où l'on peut déjà retrouvé les précédentes oeuvres de Katz. Mais qui sait, puisque ce dernier voit le budget de ses films croître au fil des années, peut-être qu'il pourrait, un jour, être soutenu par une boîte indépendante de plus grande envergure, pour notre plus grand bonheur.

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