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Elles

Elles
Réalisateur: Malgoska Szumowska
Acteurs: Juliette Binoche, Anaïs Demoustier et Joanna Kulig
Genre: Drame
Pays: Allemagne, France, Pologne Durée: 96 mins
Age légal: 16 ans Age conseillé: 16 ans
Distributeur: Frenetic
Date de sortie: 22.02.2012
Critique: Arnaud Mittempergher
Note: *

Synopsis

Anne, journaliste dans un grand magazine féminin enquête sur la prostitution estudiantine. Alicja et Charlotte, étudiantes à Paris, se confient à elle sans tabou ni pudeur. Ces confessions vont trouver chez Anne un écho inattendu. Et c’est toute sa vie qui va en être bouleversée.

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Critique

Avertissement: cette critique décortique quelques éléments clés du film (4ème paragraphe)

 

Elles débute par une scène de fellation. La caméra est mouvante, elle saisit l'instant de près, avec intensité. Souffle haletant, gémissements de jouissance. Et puis contraste saisissant : nous sommes maintenant dans un grand appartement parisien, face à Anne, journaliste quinquagénaire qui semble perdue dans ses pensées. C'est le matin, elle n'a pas dormi de la nuit car elle doit rendre son article pour le lendemain, une interview de deux étudiantes qui se prostituent.

Cette première opposition tant thématique (sexualité contre intellect) que formelle (plans sombres, rapprochés, caméra à l'épaule contre plan lumineux, large, fixe) est un premier élément annonciateur du chemin que va parcourir Anne pendant sa journée. Partagée entre l'écriture de son article, ses rapports avec sa famille et la préparation d'un souper, elle se rappellera souvent de ses entrevues avec Charlotte et Alicja. Deux jeunes filles qui, contre ses attentes, vont bousculer sa conception de la sexualité et remettre en question son propre vécu.

Anne ne s'entend plus avec son mari, ses deux fils ne lui obéissent pas. On sent une certaine fébrilité dans ses interactions et dans ses petits gestes du quotidien pour lesquels elle manque de maîtrise (elle se brûle, se coupe). Son environnement est intrusif, aliénant. Mais quand elle écrit son article, elle repense aux filles et à leurs histoires, elle s'apaise, redevient souriante. Elle a dû, à l'écoute des confessions surprenantes des étudiantes, porter un autre regard sur cette sexualité tarifée qui se révèle finalement être souvent libérée et joyeuse. Mise à mal des stéréotypes : les clients sont des gens comme tout le monde qui font même preuve de douceur et de fragilité. Les jeunes femmes ne sont pas soumises et humiliées, elles se déclarent être dominantes, en contrôle. Et puis ces rencontres sont aussi des espaces de dialogues et de complicité. Qui est véritablement libre alors ? Anne, contrainte de faire la lessive et le souper, contrariée par ses enfants qui ne l'écoutent pas et par sa relation décousue avec son mari, ou Charlotte et Alicja ?

Charmée par ces filles, par leur légèreté et leur sensualité, Anne est maintenant devenue le réceptacle de tensions qui s'incarnent dans un bousculement de ses anciennes habitudes et dans un rapport instable à l'alcool, aux cigarettes, au sexe. Un subtil crescendo est mis en place jusqu'à la fin du film : après un départ de la maison, signe de rejet de tout ce qu'elle ne désire plus, Anne veut faire une fellation à son mari, ultime cri de secours déguisé face à son couple en perdition. Bouclage de la boucle avec le début du film. Scène finale : petit-déjeuner en famille. Tout s'est apaisé, mais l'issue est ambiguë : est-ce que Anne accepte finalement l'espace familial auparavant décrit comme un enfermement, une limite, ou est-ce qu'elle voit dans cette situation une autre source de joie, un bienveillant calme après la tempête, après la perte d'équilibre qu'à créé chez elle la  rencontre avec les deux filles ?

Elles est un excellent film, où les enjeux sont suggérés avec beaucoup de subtilité et d'intelligence et soulignés avec habilité par une réalisation prenante qui sait s'immiscer au plus près des personnages pour mieux faire transparaître leurs émotions, leurs doutes, leurs failles. Le film évite un traitement sociologique ou politique du sujet mais laisse quand même suinter une critique féministe du rôle de la femme dans nos sociétés, qui malgré leur travail ne s'émancipent pas totalement de certaines contraintes qu'on projette sur elles. Il s'agit aussi de questionner les limites du mariage et de l'épanouissement personnel qu'on peut y trouver (les clients sont des « maris qui s'ennuient » ou « qui ne peuvent pas réaliser tous leurs fantasmes avec leurs femmes »). Elles, eux, nous, autant de pronoms pour autant de points de vue sensibles, nuancés et sans jugement sur la sexualité (tant féminine que masculine) et sur les relations de couple.

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Commentaires

2 commentaires
Charlotte il y a 2 semaines

Je suis d'accord avec la critique précédente. Ce film est navrant et a tout d'un film porno. Certainement un film alimentaire pour Juliette Binoche qui doit vraiment avoir besoin d'argent pour avoir tourné dans un navet pareil.

Lucie il y a 2 mois

Ce film est consternant. Je l'ai trouvé si nul que j'ai failli partir avant la fin. Une journaliste à la vie personnelle peu satisfaisante et peu épanouissante, rencontre des jeunes filles qui sont, pour diverses raisons, obligées de se prostituer. Ce n'est que le prétexte pour montrer les scènes plus dégradantes ou humiliantes les unes que les autres qui auraient toutes leurs places dans un film porno. Il n'y a malheureusement aucune subtilité: les images sont crues et mettent rapidement mal à l'aise. Ce film est bourré de stéréotypes et de lieux communs.Les personnages sont sans nuances et les situations sont si caricaturales qu'elles prêteraient à sourire si elles n'étaient pas si déprimantes. Juliette Binoche nous avait habitué à des choix plus judicieux. A éviter!