Introduction :
Une fois n’est pas coutume, cette critique de clap.ch aura la forme d’une lettre adressée au réalisateur, en l’occurrence le Schaffhousois d’origine italienne, Rolando Colla. Une lettre à la première personne assumant tout à fait la subjectivité de son auteur. On en a marre de ces critiques qui essaient de nous faire croire que leur avis est une vérité absolue, non ?...
Lettre à Rolando Colla, pour Giochi d’estate:
Cher Rolando,
cette lettre pour vous faire part de mon embarras. Votre Giochi d’estate (Jeux d’été en français) fait partie d’une catégorie de films particulière : j’aurais adoré le défendre ! Ceci avant même de l’avoir vu. Premièrement, parce ce que je suis toujours prêt à promouvoir notre cinéma national lorsque j’en ai l’occasion mais aussi parce que votre œuvre a été choisie par l’Office fédéral de la culture pour représenter la Suisse dans la course aux Oscars 2012 (section meilleur film en langue étrangère). Concernant ce dernier point, c’est fantastique et je vous en félicite. Malheureusement, mes ardeurs estivales ont vite été refroidies. Je suis donc bien désolé de l’admettre : je n’ai pas aimé votre film.
Tout d’abord, il y a cette histoire, inspirée de votre enfance. Sachez, cher Rolando, que je n’étais pas au courant de cet aspect autobiographique avant de visionner Giochi d’estate. D’un côté, peut-être que tant mieux. Cela ne m’aura pas forcé à m’apitoyer sur votre sort. Car une chose est sûre, je ne me suis pas apitoyé sur le sort de vos personnages. D’un côté, certains éléments ne m’ont pas paru crédibles. Une mère qui ment de telle manière à sa fille, je n’achète pas. D’un autre côté, j’ai eu l’impression que les clichés sur le monde des adultes et de l’adolescence, bien que parfois dépeints avec justesse, s’accumulaient sans grand intérêt. C’est sûr, l’adolescence n’est pas une période facile, encore plus lorsque les parents ne se supportent plus ou lorsqu’un père est absent.
Il faut dire que vos acteurs ne m’ont pas convaincu non plus. Dès le départ et cette bagarre sans intensité, à nouveau, je n’y ai pas cru une seconde. Il faut aussi dire que vous n’avez pas choisi la facilité en faisant un film avec des jeunes, voire des enfants. Tout le monde ne peut pas compter sur de jeunes comédiens aussi extraordinaires que ceux de Super 8 ou de Los Colores de la Montana, pour donner des exemples qui me passent par la tête. De plus, les plus jeunes ne sont pas les seuls à être remis en cause. De la même manière, je n’ai pas cru au monde des adultes. Une scène m’a notamment paru un sommet de mauvaise sensibilité, pour ne pas être plus sévère : celle où la mère de Marie (encore elle) annonce à sa fille cette fameuse nouvelle par rapport à son père. Un moment d’émotion tombant à la mer, comme beaucoup d’autres.
Je pourrais encore vous citer de nombreux passages que j’ai trouvés ridicules (Nic et sa tête d’espadon), sentimentaux à deux sous (la visite au cimetière), ou encore absurdes et pénibles (l’épingle dans la peau, le moment où le jeune Asiatique agresse verbalement Marie, alors qu’il semblait plutôt sympathique jusque-là…). Cependant, je terminerai sur une note positive. La scène finale entre Nic et Marie est réussie, avec cette caméra à fleur de peau. La musique et la photographie sont belles, elles aussi. Enfin, je ne remettrai évidemment pas en doute vos aptitudes de réalisateur et certains thèmes abordés sont dignes d’intérêt – la relation père-fils, la carapace que se construit Nic face aux problèmes de ses parents.
En espérant, cher Rolando, que vous comprendrez que mon but ici n’était pas de détruire votre respectable travail, mais bien de partager mon humble avis de cinéphile afin d’attirer un maximum de lecteurs sur le site www.clap.ch (par exemple, en créant une polémique, vous savez, comme Le Matin ou d’autres pour Vol Spécial de Fernand Melgar), je vous souhaite le meilleur pour la suite.
Fabio Gramegna
Conclusion :
Combien de fois me suis-je énervé devant des critiques de journalistes suisses détruisant le travail de compatriotes ? « Qu’ils n’apprécient pas certains films, c’est bien normal. Mais j’estime qu’on peut le dire avec la manière ! » pensais-je alors. La preuve ci-dessus.
… Non ?... J’aurai tenté, au moins…