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Sennentuntschi

Sennentuntschi
Réalisateur: Michael Steiner
Acteurs: Carlos Leal, Roxane Mesquida et Joel Basman
Genre: Horreur
Durée: 122 mins
Age légal: 16 ans Age conseillé: 16 ans
Distributeur: Walt Disney Suisse
Date de sortie: 16.03.2011
Critique: Fabio Gramegna
Note: *

Synopsis

1975, au coeur des Alpes suisses: dans un village de montagne reculé, une femme d’une beauté farouche apparaît soudain, comme sortie de nulle part. Seul le policier du village Reusch voue à l’étrangère un intérêt inconditionnel et cherche à savoir qui est cette femme muette. Tout porte à croire qu’elle vient d’un alpage où, dans leur solitude, les vachers s’adonnent à l’inimaginable pour avoir une compagnie féminine. Des faits qu’il aurait mieux valu laisser dans l’ombre sont révélés au grand jour. Une tragédie fondée sur le désir sexuel, la folie et le meurtre se déverse sur ce petit monde apparemment idyllique. Le cauchemar commence, mêlant démence bigote, hypocrisie, abus sexuels et satanisme; les rêves de deux amants et d’un village entier plongent dans l’abîme. Les gens perdent beaucoup plus que leur croyance dans ce qui fait la cohérence interne du monde. Au sein de ce monde-là, chaque vérité est à double sens, chaque événement se reflète dans l’horreur.

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Critique

Sennentuntschi a failli ne jamais être montré au public. Tourné en 2008 dans les Grisons, ce nouveau long-métrage de Michael Steiner (Mein Name ist Eugen, Grounding – Les derniers jours de Swissair)  a en effet dû faire face à de gros problèmes financiers, finalement résolus par l’arrivée de la société de production Constantin Film. Malgré ces soucis d’argent, il saute aux yeux très vite que ce « thriller horrifique alpin », comme il a  souvent été présenté, n’a pas été réalisé avec trois bouts de ficelle. L’aspect formel est donc la grande force de cette adaptation d’une légende suisse centenaire voyant une poupée se venger d’hommes ayant abusé d’elle. Gerald Damovsky vient de remporter un Prix Spécial du Jury aux « Quartz 2011 » pour ses décors. On ne remettra pas en cause ce jugement ; il est évident qu’un grand soin a été porté à ce village des années septante, à l’apparence moyenâgeuse. Le film est également à créditer d’une belle photographie, donnant une atmosphère particulière à l’ensemble, et d’une musique envoûtante, bien que malheureusement trop présente à la manière de certaines mauvaises productions hollywoodiennes. Enfin, n’oublions pas de mettre en avant le rôle de Michael Steiner : le monsieur a de bonnes idées de réalisation et sait faire en sorte que cela fonctionne à l’écran. Du côté des points positifs, on notera encore la prestation convaincante de tous les acteurs, dont Carlos Leal, parfait en Suisse romand ambigu, ou encore la structure alambiquée du récit qui a le mérite de faire réfléchir un minimum.

Evidemment, tout cela ne sert pas à grand-chose si la tension propre au genre n’est pas présente. Et c’est là que le bât blesse. Alors que le réussi Tannöd (La Ferme du crime, 2010) de Bettina Oberli se servait de l’étiquette thriller-horrifique pour nous présenter un drame avec des personnages forts, Sennentuntschi ne va pas plus loin que le divertissement et manque d’efficacité. Car ne vous trompez pas sur la marchandise : il ne s’agit pas d’une œuvre qui vous fera tous sauter au plafond à plusieurs reprises, qui vous angoissera ou vous tiendra en haleine de bout en bout. Le film n’ayant pas qu’un seul personnage central, le spectateur peine à s’identifier à l’un ou l’autre des protagonistes, voire à se sentir concerné par le spectacle présenté. De plus, on aurait espéré quelques scènes plus marquantes, faisant véritablement office d’électrochoc, voire mettant davantage mal à l’aise. Car au final, Sennentuntschi, bien qu’il ait bousculé certains spectateurs lors de l’ouverture du Zürich Film Festival 2010, reste bien gentillet, en tout cas pour les personnes un minimum habituées au genre. Ce n’est pas les quelques scènes de folie due à de l’absinthe ni les scènes de sexe explicites qui sauveront le tout. Enfin, il est regrettable que le final de Sennentuntschi, au lieu d’offrir le crescendo émotionnel ou horrifique attendu, se perde dans des explications un peu lourdes, voire superflues.

Malgré ces quelques points négatifs, relevons tout de même que Michael Steiner fait du bien au cinéma suisse. Après les 600'000 entrées de Mein Name ist Eugen et les 400'000 de Grounding, Sennentuntschi a déjà atteint les 140'000 entrées en Suisse alémanique, malgré le fait qu’il vise un public plus restreint. A notre époque où le cinéma américain sort souvent aisément vainqueur du box-office, il est toujours enthousiasmant de savoir que des productions nationales peuvent aussi attirer les foules en salle. De plus, Sennentuntschi  a le mérite de ne pas paraître ridicule face aux références du genre. Ce n’était pas gagné d’avance : on applaudit.  

Bonus

Interview vidéo de Michael Steiner.

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