Film

Les Huit Salopards The Hateful Eight (v.o)

Date de sortie 06.01.2016
Durée 167 minutes
Age 16/16
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Ascot Elite
Genre Western
Réalisateur Quentin Tarantino
Acteur Samuel L. Jackson Jennifer Jason Leigh Michael Madsen [+]
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public
 
4/5
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Synopsis

The Hateful Eight se déroule six, ou huit ou douze ans après la Guerre de Sécession, à bord d'une diligence parcourant le Wyoming.

Ses passagers ? Un chasseur de primes, John Ruth, et sa prisonnière Daisy Domergue, qui se dirigent vers la ville de Red Rock où Ruth est connu comme 'Le Pendu'.

Son but ? Que Domergue soit jugée. Au cours du chemin, ils rencontrent deux étrangers : le Major Marquis Warren, un ancien soldat noir devenu un chasseur de primes qui a mauvaise réputation, et Chris Manninx, un renégat du sud qui se prend pour le nouveau shérif. Se perdant dans la tempête, Ruth, Domergue, Warren et Mannix trouvent refuge chez Minnie's Haberdashery, un lieu d'accueil pour voyageurs sur le chemin d'une montagne.

Arrivés sur place, ils ne sont pas accueillis par le propriétaire, mais par quatre visages inconnus : Bob, qui garde les lieux pendant que le gérant rend visite à sa mère, est entouré par Oswaldo Mobray, le bourreau de Red Rock, mais aussi le cow-boy Joe Cage et le Général de l'armée des Confédérés Sanford Smith.

Coincés là à cause du blizzard, nos huit voyageurs prennent peu à peu conscience qu'ils n'atteindront peut-être pas Red Rock, après tout...

Quentin Tarantino

Samuel L. Jackson

Jennifer Jason Leigh

Michael Madsen

Kurt Russell

Channing Tatum

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 4 janvier 2016
 

Plus rigoureux que jamais, Quentin Tarantino signe un objet de pure jouissance cinématographique, mêlant dans un mariage parfait le western, la comédie et l’horreur. Il pose son décor à travers une suite de plans fixes sur une région sauvage en proie à une tempête de blizzard, balayant le Wyoming. Puis viens l’un des plus beaux mouvements de caméra vus depuis longtemps: fixant le visage d’un clavaire au bord d’un chemin, la caméra s’éloigne très lentement, laissant apparaître une diligence se frayant un passage dans une neige immaculée.

Le véhicule est arrêté par le Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson) qui, après négociation, parvient à se faire accepter par ses deux passagers, le chasseur de prime John Ruth (Kurt Russell) et sa prisonnière Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) qui se rendent à Red Rock. Sur le chemin, ils prennent à bord Chris Mannix (Walton Goggins), le nouveau shérif qui s’apprête à prendre ses fonctions à Red Rock. Alors que la nuit tombe et que la tempête redouble d’intensité, ils parviennent au relai de Minnie (Dana Gourrier). En l’absence de celle-ci, partie rendre visite à sa mère, ils sont accueillis par Bob Le Mexicain (Damián Bichir). La bâtisse est occupée par Oswaldo Mobray (Tim Roth), Joe Gage (Michael Madsen), le Général Sandy Smithers (Bruce Dern) et O.B Jackson (James Sparks) qui se réchauffent en buvant du café. Comme le monde est petit, ils se connaissent tous, de loin ou de près.

Dès lors, le huitième long métrage de Quentin Tarantino devient un huis clos implacable dans lequel le réalisateur sublime la dimension théâtrale de son décor unique, en maîtrisant l’espace à disposition et la place des personnages dans celui-ci. C’est le destin qui réunit cette galeries de gueules cassées qui devaient se rencontrer dans une sorte de réunion familiale ultime, où les secrets des uns et des autres explosent sous forme de crescendo fatal. Plus que les revolvers et leurs balles, les armes les plus dangereuses et léthales sont ici les mensonges qui assistent tous les protagonistes, à une ou deux exceptions près. Les conversations s’enchaînent, s’entremêlent, ricochent et le cinéaste prend un malin plaisir à les mettre en scène en passant de l’une à l’autre, à l’instar d’une rencontre sportive ou chacun joue individuellement afin de remporter la mise. C’est brillant aussi bien techniquement que scéniquement.

La direction d’acteurs atteint des sommets et l’on sent les comédiens entièrement au service de leurs rôles, de le leur metteur en scène et du film lui même. Et c’est dans l’espace restreint de cette auberge que l’utilisation du 70mm prend tout son sens car la taille du cadre dans les plans larges fixes de longue durée permet au spectateur de promener son regard où bon lui semble comme s’il était au théâtre. On est foncièrement à l’opposé d’un cinéma qui compte surtout sur le montage pour palier aux lacunes en matière de direction artistique et guider l’auditoire sans lui laisser le choix. Le travail sur les décors et accessoires de Yohei Taneda et Rosemary Brandenburg ainsi que l’excellence des costumes de Courtney Hoffman sont à tous points de vue remarquables et resplendissent dans cet écrin dû au 70mm. Collaborant avec Tarantino pour la quatrième fois après Kill Bill, Inglourious Basterds et Django Unchained, Robert Richardson livre une photographie époustouflante qui ne cherche jamais à épater la galerie et sert parfaitement l’oeuvre, comme ces nombreux plans à double focale, technique ancienne qui permet d'obtenir deux profondeurs de champ différentes dans une seule et même image, regroupant ainsi le mensonge et la vérité, la réalité et la fiction.

Les Huit Salopards est autant un western nihiliste qu’un film qui lorgne du côté de l’horreur. La maison isolée de nuit et balayée par une tempête fait partie du catalogue classique des longs métrages fantastiques, où les protagonistes sont piégés par des forces malveillantes, surnaturelles ou non. Ici, pas questions de monstres ou d’entités de l’au-delà, mais d’une ambiance qui suggère un danger, et celui-ci vient de l’intérieur et passe d’un personnage à l’autre. On a droit à d’exceptionnels effets de plateau qui donne au film une dimension souvent très gore. La musique sublime d’Ennio Morricone va aussi dans ce sens. Le compositeur italien mythique nous livre une partition originale qui oscille sans cesse entre ce qu’il a composé pour les heures de gloire du western spaghetti et une atmosphère parfaitement fantastique. Pour renforcer cet aspect, Tarantino y inclut d'autre titres de Morricone comme Le Thème de Regan tiré de L'Exorciste II: L'Hérétic, et une partie de la musique orchestrale écrite pour The Thing de John Carpenter mais inutilisée dans le film au profit du travail plus synthétique que l'on connaît.

Et pour finir on saluera les quelques flashbacks qui nous sortent astucieusement de l’auberge, dont l’un est un magistral pied-de-nez à tous ceux qui jugent qu’un film doit absolument contenir son quota de sexe, et  la trouvaille vocale jubilatoire de l’intervention du cinéaste en personne qui marque la reprise du film après l’entracte, instant réfléchi et imprimé en toutes lettres dans sa version 70mm. Les Huit Salopards est le premier chef-d’oeuvre à visiter nos salles obscures en 2016 et on espère qu’il aura beaucoup de successeurs.

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Votre avis sur ce film:
 

vincenzobino | 06.01.2016 20:24
 
Huitième opus de Tarantino qui se laisse voir, même si tout n'est pas parfait. Une tempête de neige, une route et au loin une diligence faisant route, le tout sur une musique de Morricone aux rythmiques crescendo, le premier plan annonce la couleur, nous n'allons pas avoir droit a un film d'action. Prenez un chasseur de primes et sa "proie" qu'il compte ramener a son lieu de pendaison, un "major" a la peau noire (thématique importante du film), un shérif novice, un haut gradé de l'armée a la retraite et d'autres et vous obtenez un cocktail explosif. Tout comme Inglorious Basterds, le film est découpé en chapitres: les deux premiers sont un parfait mélange entre Leone et Ford, voire Sturges; les suivants sont du pur Tarantino avec le splendide mélange "écriture-direction d'acteurs-plans longs" que l'on connaît au réalisateur. Niveau scénaristique le tout tient comme toujours la route "Tarantinienne" avec la surprise du chef a un moment donné et le casting y est pour beaucoup, palme a Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Jackson et surtout Walton Goggins hilarant. Toutefois, le film est a mon sens trop long : le retournement de situation ainsi que certains dialogues traînent un peu en longueur et je me suis demandé si le "spoiler" révélé a un moment donné durant le tournage n'avait pas amené une modification de l'issue du film, notamment la dernière séquence qui ne provoque absolument pas la rupture que l'on connaît au réalisateur. Ceci étant, l'on passe un assez bon moment si l'on est amateur du style Tarantino sans toutefois atteindre les sommets d'autres opus (Inglorious Basterds ou Réservoir Dogs dans mon cas). A recommander...