Film

Petit paysan Petit paysan (v.o)

Date de sortie 30.08.2017
Durée 90 minutes
Age 12/14
Pays France
Distributeur Look Now!
Genre Drame
Réalisateur Hubert Charuel
Acteur Swann Arlaud Sara Giraudeau Bouli Lanners
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public
 
5/5
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Synopsis

Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s'organise autour de sa ferme, sa soeur vétérinaire et ses parents dont il a repris l'exploitation. Alors que les premiers cas d'une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l'une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n'a rien d'autre et ira jusqu'au bout pour les sauver.

Hubert Charuel

Swann Arlaud

Sara Giraudeau

Bouli Lanners

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 28 août 2017
 

Le Prix du lait

Dans son premier long métrage, Hubert Charuel se penche sur la condition paysanne d’aujourd’hui et dresse le portrait d’un homme prêt à tout pour sauver ses vaches et son noble métier, avec la collaboration de l’excellent Swann Arlaud dans le rôle titre.

Pierre Chavanges (Swann Arlaud) figure sur la première marche du podium pour la qualité de son lait dans sa région, mais une de ses vaches contracte une maladie atroce, une fièvre hémorragique qui a pour conséquence de faire saigner les bêtes infectées par tous les orifices possible. Suivant la mésaventure relatée sur un blog d’un collègue belge (Bouli Lenners) qui a vu son troupeau exécuté pour cause d’infection d’une de ses bêtes, Pierre informe sa soeur vétérinaire (Sara Giraudeau) dès les premiers soupçons. Cette dernière le rassure en lui disant qu’il est trop tôt pour se prononcer clairement. Mais la santé de l’animal se détériore très vite et Pierre décide d’abréger ses souffrances et de faire disparaître son corps dans une scène d’incinération nocturne très forte. Suite à ce drame qui devrait lui permettre de protéger le reste du troupeau, l’agriculteur ment aux institutions et à ses confrères locaux en parlant d’une disparition.

Ce film est le sublime reflet de la société occidentale devenue malade à force d’encourager une concurrence malsaine à tous les niveaux, où l’on choisit la facilité de punir l’ensemble d’un groupe pour le faux pas ou l’originalité sortant des sentiers battus d’un seul membre. Petit paysan brosse le portrait d’un juste qui essaie jusqu’au bout de sauver son cheptel en se débarrassant uniquement des éléments infectés. Il se retrouve seul face à tous. Il a encore la foi que les autres ont perdu. Le film évoque crûment le manque de solidarité devenu modèle à suivre pour rester compétitif. Le constat est forcément amer n’en déplaise à certains internautes vivants sur une planète bêtement imaginée comme une guimauve où tout devrait être joli et gentil, se permettant de juger très mal le film en l’accusant de prôner la souffrance animale et autres idioties chères à la nouvelle secte vegan ou antispéciste qui a désormais pris les mauvaises armes de l’intolérance et de la prétention sur les réseaux sociaux par ses interventions toutes plus débiles les unes que les autres. Pierre, lui, mène un combat judicieux et légitime loin des élucubrations populistes dangereuses de ce genre d’individus qui préfèrent se laisser guider par leurs émotions, très mauvaises conseillères, plutôt que par leur intelligence devenue quasiment inexistante. Et ils deviennent de plus en pus nombreux malheureusement. Cet état de fait rend le premier long métrage d’Hubert Charuel indispensable, voire salvateur, face à cette engeance qui se trompe littéralement de combat, devenant encore plus intolérant que leurs ennemis auto-préfabriqués.

Pierre, c’est Swann Arlaud, un acteur qui prend ses rôles à bras le corps et les accompagne jusqu’à la dernière image des films qu’il tourne, s’investissant physiquement et psychologiquement d’une manière naturelle rare grâce à un engagement total. On reproche aussi à très mauvais escient à l’oeuvre de montrer un homme qui n’évolue pas. Cette accusation est totalement infondée car Petit paysan ne se déroule que sur quelques semaines et peint justement un personnage qui, contrairement à la tendance détestable actuelle, ne se comporte pas comme une girouette qui se contente de suivre le courant, mais va à l’encontre de celui-ci quand il est nécessaire de le faire. Swann Arlaud l’a parfaitement compris et l’incarne avec un talent remarquable.

Bien sûr, Petit paysan n’est pas une promenade de santé et comporte un grand nombre de scènes brutales et viscérales, comme un vêlage aux forceps ou le saignement de l’échine d’une vache, entre autres exemples. Cette crudité est là afin d'interpeller et non esthétiser la violence pour en faire un amusement malsain de plus en plus présent dans un certain milieu populaire. Elle doit faire réfléchir et non juste choquer le badaud. Elle existe pour ouvrir les yeux à ceux qui ont pris l’habitude de les fermer régulièrement, soit par lâcheté, soit par ignorance. Pour cela, et grâce à son magnifique plan final montrant un Pierre toujours fidèle à ses convictions malgré l’adversité, ce premier long métrage est une oeuvre très forte et salutaire dans le marasme culturel ambiant qui abuse de moyens beaucoup trop souvent racoleurs pour attirer ses clients.

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