Film

Us (Nous) Us (v.o)

Date de sortie 20.03.2019
Durée 116 minutes
Age 16/16
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Universal Pictures Internnational Switzerland GmbH
Genre Horreur
Réalisateur Jordan Peele
Acteur Yahya Abdul-Mateen II Anna Diop Winston Duke [+]
Scénariste Jordan Peele
Auteur Jordan Peele
Note CLAP.CH
 
2.8/5
Note du public Aucun vote
  Voir la bande annonce

Synopsis

De retour dans sa maison d'enfance, sur les côtes Californiennes, Adelaïde Wilson (Lupita Nyong'o) a décidé d'y passer des vacances de rêves avec son mari Gabe (Winston Duke) et leurs deux enfants (Evan Alex, Shahadi Wright Joseph).
Un traumatisme aussi mystérieux qu'irrésolu refait surface suite à une série d'étranges coïncidences qui déclenche la paranoïa de cette mère de famille qui est de plus en plus persuadée qu'un terrible malheur va s'abattre sur ceux qu'elle aime.
Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler (Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Cali et Noelle Sheldon) les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires: leurs propres doubles.

Jordan Peele

Yahya Abdul-Mateen II

Anna Diop

Winston Duke

Kara Hayward

Elisabeth Moss

Lupita Nyong'o

Jordan Peele

Jordan Peele

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 18 mars 2019
 

Bons, mauvais et vice et versa

Après un premier film d’horreur parfaitement pertinent, Get Out, Jordan Peele se fourvoie dans une veine pseudo philosophique nébuleuse qui pèche par orgueil et naïveté.

Us qui est à la fois la traduction de nous et l’abréviation de United States (of America of course) part pourtant assez bien. Une famille afro-américaine passablement aisée dont la mère a subi un traumatisme dans sa jeunesse (c’est à la fois l’ouverture assez classique d’un film d’horreur et la conclusion sous forme d’une révélation poussive n’apportant rien à l’ensemble, bien au contraire) passe des vacances dans leur propriété secondaire au bord d’un plan d’eau. On ne compte plus les films d’épouvante bons ou mauvais qui utilisent ce décor. Un soir donc, les Wilson voient débarquer chez eux leurs doubles maléfiques parfaitement identiques à part la voix d’outre-tombe assez risible de la mère et leur manières vicieuses de jouer avec leur victimes et sans doute les nerfs des spectateurs. Mais cela ne prend pas et on est assez vite indifférents aux malheurs de ces pauvres Wilson. Pire, quand il arrive la même chose à leur voisins caucasiens, c’est l’humour qui prend le relais et finit de nous détacher complètement des faits relatés.

L’idée des doubles malveillants, pourquoi pas, mais ils auraient gagné à n’être démoniaques que par leur nature et non par des explications et justificatifs qui font sombrer le film dans une sorte de très mauvais trip complotiste cherchant sans cesse à relancer un récit qui n’a finalement pas grand chose à exposer. On se retrouve une nouvelle fois dans les recettes du film qui essaie péniblement d’imiter un jeu vidéo en ne tablant que sur des effets de manche.

Tout ce qui faisait l’essence et l’excellence du très malin Get Out qui traitait, sous le prisme du fantastique, l’histoire de l’esclavagisme et où chaque détail avait son importance et sa raison d’être, tombe complètement à plat ici. On bourre le film de symboles lourdingues comme des lapins pour évoquer sans finesse une espèce invasive, ou des masses de gens dépeints comme des robots ou des résultats d’expériences obscures et impérialistes, sombrant dans les pires pièges que la science-fiction commerciale et anxiogène engendre depuis quelques années. On a beau chercher, mais on ne comprend pas où le film veut nous amener, si ce n’est de conclure que, quel que soit le côté où l’on se trouve, on est tous mauvais ou manipulés. C’est là le défaut principal du film: il n’y a aucun parti pris pertinent. On est sans cesse secoué d’un bord à l’autre. C’est surexplicatif là où cela ne le mérite aucunement et opaque là où on aimerait avoir un point de vue.


Laurent Scherlen | Vendredi 22 mars 2019
 

Le premier film de Jordan Peele, Get Out, avait fait forte impression il y a deux ans en proposant une réflexion sur le racisme sous les atours d'un film d'horreur insidieux et extrêmement intelligent. Avec Us, le cinéaste investit à nouveau le genre en y développant des thématiques passionnantes qui travaillent l'esprit (et le corps) bien après la projection.

Il est difficile de parler du film sans en révéler la teneur et sans en spoiler la fin. Disons simplement qu'à travers l'histoire de cette famille américaine qui un beau soir d'été rencontre son double dans l'allée de sa maison de vacances, Jordan Peele développe une réflexion politique et sociale d'une pertinence rare, partant de l'individuel (la famille) poursuivant sur le national (voir le titre à double sens) pour aboutir in fine sur l'universel. Investissant le cadre du home invasion, le metteur en scène propose une mise en scène d'une beauté plastique admirable, dépassant de loin celle déjà pourtant remarquable de Get Out. Peele sait où placer sa caméra et surtout pourquoi (voir à ce titre le plan en plongée suivant la famille sur la plage, chacun de ses membres projetant son ombre menaçante sur le sable). Dans Us, la forme crée bien souvent le fond, marque indéniable des grand réalisateurs. Blindé d'indices et d'éléments a priori insignifiants mais qui prendront tout leur sens plus tard (les lapins, la VHS de C.H.U.D., la chaîne humaine, entre autres), et ponctué de séquences inoubliables (la scène de danse, le dernier plan), Us est à la fois malaisant, sensitif et réflexif. Car bien plus qu'un film d'horreur lambda, il travaille le spectateur en profondeur, crée le malaise et le place face à son propre refoulé. Du grand art.

Impossible enfin de passer outre un casting irréprochable, à la tête duquel Lupita Nyong'o enterre la concurrence en un seul film. Sa prestation, d'une force et d'une émotion rares, restera longtemps dans les mémoires.

En revanche, là où Get Out parvenait à créer un équilibre quasi-parfait entre l'horreur et l'humour, Us désamorce à quelques reprises la situation dramatique qui se joue sous nos yeux en y injectant un humour qui n'y avait pas sa place. On pourra aussi regretter un monologue final explicatif trop verbeux dont le contenu aurait pu être suggéré par l'image et la mise en scène.

Mais ces quelques réserves sont finalement peu de choses face à un film dont le  propos social (rehaussé par un twist final qui met la tête à l'envers), la beauté formelle et le sens du rythme imposent Jordan Peele comme l'un des cinéastes contemporains les plus importants.

"L'enfer, c'est les autres" disait Sartre. Us pourrait presque s'inscrire comme un codicille de cette assertion en affirmant que le monstre, c'est nous.

Merci d'avoir voté pour ce film !
Votre commentaire sera validé par notre cher administrateur...
Votre avis sur ce film:
 

CONCOURS Gagnez un DVD ou un blu-ray disc de "L'Empereur de Paris"

Participer