Film

Vox Lux Vox Lux (v.o)

Date de sortie 06.11.2019
Durée 114 minutes
Age 16/16
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Cinéma Bellevaux
Genre Drame
Réalisateur Brady Corbet
Acteur Christopher Abbott Raffey Cassidy Jennifer Ehle [+]
Voix Willem Dafoe
Scénariste Brady Corbet Mona Fastvold
Auteur Brady Corbet Mona Fastvold
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Sur une période de quinze ans, l'ascension de Celeste, une star de la pop.

Brady Corbet

Christopher Abbott

Raffey Cassidy

Jennifer Ehle

Jude Law

Stacy Martin

Natalie Portman

Willem Dafoe

Brady Corbet

Mona Fastvold

Brady Corbet

Mona Fastvold

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 4 novembre 2019
 

Post tenebras, lux?

Après The Childhood of a Leader, coup de maître pour son premier long métrage en qualité de réalisateur, Brady Corbet récidive et signe une nouvelle merveille qui prend comme rarement le pouls de notre époque.

Un portrait du XXIe siècle. C’est le sous-titre de Vox Lux, deuxième long métrage de Brady Corbet, que l’on découvre au début du générique de fin dans un silence assourdissant. Et il définit parfaitement ce que l’on vient de voir. En quatre volets, ce chef-d’oeuvre inconfortable suit la naissance d’une star de la musique pop. Le prélude (1999) nous montre comment la jeune Celeste (Raffey Cassidy) va devenir une célébrité après des circonstances dramatiques. Elle survit à la fusillade qui endeuille son école de New Brighton. Invitée à s’exprimer lors d’une cérémonie religieuse en souvenir des victimes, elle le fait à travers une chanson qu’elle a composée avec sa soeur aînée, Eleanor (Stacy Martin). Elle devient la porte-parole des tragédies liées aux armes à feux devenues très fréquente dans son pays. Elle est récupérée par l’industrie du divertissement et commence son apprentissage. L’acte II (Genesis 2000-2001) se focalise sur son ascension dans ce milieu pas toujours aussi reluisant qu’il aimerait le faire croire. Devenue adulte dans l’Acte II (Regenesis 2017), Celeste (Natalie Portman) s’apprête à recevoir la presse  en vue d’un concert qu’elle donne le soir même dans sa ville natale devant trente-mille fans mais un événement qui la ramène brutalement dans le passé vient perturber sa journée qu’elle espérait passer aux côté de sa fille Albertine (Raffey Cassidy). Le final se résume au slogan très show business «le spectacle doit continuer».

En seulement deux longs métrages, Brady Corbet fait preuve d’une intelligence et d’une rigueur artistique peu commune. Sans ne jamais juger ses personnages et leurs actions, il parvient à faire la thèse et l’anti thèse de son sujet. Dans Vox Lux, il s’amuse malicieusement à brouiller les pistes en ayant recours à toutes sortes d’outils propres au cinéma. Déjà, toute l’histoire de Celeste nous est contée par un narrateur (fascinant Willem Dafoe) comme s’il s’agissait d’un conte. Puis rapidement, le cinéaste fait défiler un générique complet de bas en haut, ce qui est traditionnellement réservé à la fin d’une ouvre cinématographique, alors que la projection vient à peine de débuter. Les crédits finaux défileront dans le sens inverse près de deux heure plus tard. Son film devient dès lors une boucle qui pourrait commencer ou se terminer à n’importe quel endroit.

Corbet adore jouer sur les contrastes comme avec cette idée géniale de la concession faite par Celeste pour atteindre le succès. Sur proposition de ses producteurs elle accepte de changer les "je" intimes de sa chanson témoignage de l’atrocité qu’elle a vécue en "nous" pour la rendre universelle, afin que tout le monde se l’approprie. Par la suite, elle abusera de la première personne dans tous ses autres tubes. Son autre virtuosité réside dans l’utilisation maligne qu’il accorde aux détails dans lesquels le diable se cache, dit-on. Lors de la fusillade initiale, un pick-up rouge explose dans la cour d’école. A la fin du film avant son concert dans la même ville que la tuerie du début, Celeste exige que son bus s’arrête pour qu’elle se régénère avec sa fille au bord d’une plage. Le véhicule se gare devant un pick-up rouge. Dès son accession au succès, Celeste ne sort jamais sans un ornement autour de son coup, rappelant la minerve qu’elle a dû porter suite à ses blessures lors de l’attentat. Elle insiste par là à ce que ses fans n’oublient jamais l’origine de sa naissance artistique.

Dans sa sublime entreprise, Brady Corbet bénéficie d’un magnifique quatuor d’acteurs. Déjà présente dans The Childhood of a Leader, Stacy Martin habite Eleanor en lui insufflant l’affection et la fidélité qu’éprouvent deux soeurs dont l’une a subit un traumatisme. En agent de Celeste, Jude Law nous offre une de ses meilleurs prestations. De protecteur au début il passe à confident avec une simplicité confondante. Dans le double rôle de Celeste jeune et de sa fille Albertine, Raffey Cassidy (The Killing of a Sacred Deer) force l’admiration par son implication profonde dans ses personnages. Après sa sublime performances dans Jackie, Natalie Portman prouve une nouvelle fois qu’elle fait partie des plus grandes comédiennes de sa génération. Elle se donne à coeur joie d’incarner une Celeste à mille lieues de son univers en s’adonnant à la danse dans des chorégraphies conçues par son mari Benjamin Millepied et en jouant les stars névrosées et souvent odieuses. Et comme Raffey Cassidy, elle interprète elle-même toutes ses chansons. On sent une implication proche de la dévotion et on la salue haut et fort.

Tout le film est une oeuvre musicale traitée comme un opéra avec son prélude, ses deux actes et son final en apothéose. Le réalisateur nous dévoile tous les éléments qui rythment la vie d’une star de la musique pop à succès: séances d’enregistrement, voyages nombreux, séjours dans des hôtels de luxe, réunions commerciales, interviews, moments d’égarement complet dans l’excès et, bien sûr, concerts dantesques. Il met aussi l’accent sur les côtés très obscurs de ce mode de vie surhumain difficilement supportable sans quelques apports artificiels et chimiques. Sur ce registre lié à la musique, Vox Lux joue aussi sur les contrastes en opposant, ou en mariant, selon le point de vue, les tubes hyper commerciaux de Celeste composés par Sia et la bande originale due au génial et regretté Scott Walker. Ce dernier combine à plusieurs reprises une ambiance oppressante à des mélodies enfantines qui sont ici synonyme de la présence du diable avec qui Celeste a passé un pacte sous la forme d’une comptine anglo-saxonne datant du XIXe siècle que l’on pourrait traduire ainsi:
Un pour le prix
Deux pour le spectacle
A trois, préparez-vous
Quatre, venez avec moi.

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