| Réalisateur: | Bruno Dumont |
| Acteurs: | Julie Sokolowski, Yassine Salim, Brigitte Mayeux-Clerget et Sabrina Lechene |
| Genre: | Drame |
| Pays: France | Durée: 105 mins |
| Age légal: 16 ans | Age conseillé: 16 ans |
| Date de sortie: | 31.03.2010 |
| Critique: | Laurent Scherlen |
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Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa rencontre avec Yassine et Nassir l'entraînent, entre grâce et folie, sur des chemins dangereux.
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L'ex-professeur de philosophie Bruno Dumont est devenu, avec des oeuvres comme L'humanité, Flandres ou aujourd'hui Hadewijch, l'un des metteurs en scène les plus importants de l'hexagone. Sa capacité à capter l'essence des êtres, à canaliser leurs silences pour en faire ressurgir toute la détresse, à sonder l'intime relation entre l'amour et la violence (voir à ce titre l'exemplaire Flandres), le place sans conteste comme un réalisateur dont l'intelligence du propos n'a d'égale que l'incroyable rigueur formelle de sa mise en scène. Hadewijch s'inscrit dans la continuité d'une oeuvre sans aucun faux pas, tout en constituant le film le plus accessible du réalisateur. En effet, et bien que Dumont pratique toujours l'ellipse et le langage des corps (élément récurrent de son oeuvre), il place son histoire dans une réalité bien concrète, identifiable, et livre des dialogues davantage ancrés dans une relation de cause à effet tangible, tout en portant son film vers un propos que d'aucuns pourront qualifier d'abstrait, mais qui touche en réalité au plus profond de chacun de nous. Hadewijch raconte l'histoire d'une jeune femme mise à la porte de son couvent car considérée comme en proie à une foi extatique relevant davantage de l'amour de soi-même que de l'amour de Dieu. Hadewijch redevient alors Céline, jeune parisienne et fille de ministre. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa foi inébranlable et sa rencontre avec Yassine et Nassir vont l'entraîner aux confins de la jonction du bien et du mal. Bruno Dumont, à travers le personnage de Céline (incarnée par l'incroyable Julie Sokolowski, non-professionnelle dont la puissance de jeu peut aisément faire pâlir certains acteurs dits professionnels), scrute le choc entre la foi et le réel, la confrontation entre la croyance et la réalité brute, et en extrait un propos des plus pertinents sur les notions toutes relatives de bien et de mal, créant ainsi une perte de repères tout en rappelant le substrat sur lequel elles reposent. Ainsi, la scène finale synthétise brillamment la remise en perspective de l'acception communément admise du bien et du mal, notions troubles au possible puisque reposant sur l'humain, et ne pouvant donc pas, in fine, faire l'objet d'une définition intangible. Afin de donner corps à son propos, le réalisateur abandonne le format cinémascope et resserre son cadre, soulignant ainsi le caractère brut et réaliste du contexte dans lequel son film s'inscrit. Par ailleurs, Bruno Dumont livre des scènes où, sans aucun dialogue, et par la seule durée de ses plans et le choix de ses cadres, il parvient à donner corps au parcours émotionnel de son personnage principal, parfois même sans filmer son héroïne (voir la scène hypnotisante du concert). Enfin, le réalisateur excelle à toucher à l'âme de ses protagonistes (quel metteur en scène actuel peut s'en targuer ?), par la seule force de sa caméra, de ses choix de cadre, de son découpage. Un tour de force perpétuel dans l'oeuvre de Dumont, qui donne à son cinéma une puissance émotionnelle et métaphysique uniques. |