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Les marches du pouvoir (The Ides of March)

Les marches du pouvoir (The Ides of March)
Réalisateur: George Clooney
Acteurs: George Clooney, Ryan Gosling et Paul Giamatti
Genre: Drame
Pays: USA Durée: 95 mins
Age légal: 10 ans Age conseillé: 14 ans
Distributeur: Ascot Elite
Date de sortie: 26.10.2011
Critique: Fabio Gramegna
Note: *

Synopsis

Stephen Meyers est le jeune mais déjà très expérimenté conseiller de campagne du gouverneur Morris, qui se prépare pour les élections à la présidence américaine. Idéaliste et décidé à faire honnêtement tout ce qu’il peut pour faire gagner celui qu’il considère sincèrement comme le meilleur candidat, Stephen s’engage totalement. Pourtant, face aux manipulations et aux coups tordus qui se multiplient vite, Stephen va devoir faire évoluer sa façon de travailler et de voir les choses. Entre tentations et désillusions, les arcanes du pouvoir le transforment…

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Critique

Quatrième long-métrage réalisé par George Clooney, Les marches du pouvoir constitue également un coup de maître.  Pour ce film d’acteurs par excellence, Clooney a su s’entourer des meilleurs pour donner vie à son récit tournant autour d’une campagne présidentielle aux Etats-Unis. Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti, Evan Rachel Wood, etc.: tous, les deux premiers en tête, font preuve d’une extraordinaire classe. Il y a ensuite les thèmes – la prise de pouvoir, la justice, la corruption en politique – pas nouveaux évidemment, mais traités avec beaucoup de justesse et d’intelligence. En effet, le scénario, tiré d’une pièce de Beau Willimon, distille ses rebondissements à la goutte, et surtout, donne de la profondeur à son personnage central, Stephen Meyers (Gosling), novice dans le milieu et encore bourré d’espoirs. Dans ce sens, la fin, pleine d’incertitudes et suggérant l'évolution qu’a effectuée ce dernier, est tout à fait réussie.

George Clooney mérite également des éloges pour sa mise-en-scène. Classique mais pleine de bonnes idées – telles que ce moment où la caméra reste en plan fixe hors d’une voiture, laissant au spectateur le temps de s’interroger sur ce qui s’y dit à l’intérieur –, la réalisation sert le propos, comme rarement au cinéma. Au final, on pourra reprocher aux Marches du pouvoir quelques facilités scénaristiques (la fille un peu facile qui se retrouve au milieu par exemple), mais le tout est tellement prenant – pas besoin de particulièrement s’intéresser à la politique pour cela – et fait avec talent que l’on passera aisément sur ces détails.

Bonus

Retour sur le film, à l'occasion de la sortie DVD/Blu-Ray (mars 2012):

George Clooney a la particularité d'être une super star dont les films – mis à part les trois Ocean's 11, 12 et 13 – n'ont pas très bien marché au box-office. On ne s'étonne donc pas que sa quatrième réalisation, Les marches du pouvoir, soit passée relativement inaperçue lors de sa sortie l'automne passé, malgré ses évidentes qualités. Un film sans doute trop bavard pour le grand public, qui aurait certainement préféré un thriller politique haletant à ce drame extrêmement sobre, et pas assez sophistiqué pour des spectateurs exigeants qui attendaient de la part de Clooney le premier de classe un pamphlet politique ou, à tout le moins, une œuvre plus engagée que celle-ci.

Pourtant, avec un peu de recul, on se rend compte que Les Marches du Pouvoir est exactement le film qu'il devait être. Son titre original, The Ides of March, une référence au jour de l'assassinat de Jules César, laissait augurer une tragédie shakespearienne et c'est exactement dans cette veine que Clooney a traité son sujet. Plutôt que de décortiquer les mécanismes du processus démocratique américain, il s'intéresse aux drames humains et aux enjeux moraux, en montrant avec beaucoup de lucidité de quelle manière la course au pouvoir conduit ses acteurs (candidats, conseillers, politiciens en place, journalistes) à la manipulation, au mensonge et à la trahison. Comme c'était déjà le cas avec Good night. And good luck (2005), l'essentiel est dit en un peu plus d'une heure et demie. S'inspirant de ses modèles, Preston Sturges et Sidney Lumet, Clooney va droit au but. Il dessine avec netteté les contours de ses personnages dès leur première apparition à l'écran. Il ne cherche jamais à complexifier son récit, ni à le rendre plus attrayant en usant d'effets comiques ou de suspense. Chaque scène est essentielle, aucune réplique n'est superflue. Seules comptent les conséquences des choix faits par ces hommes et ces femmes devenus esclaves de la machine électorale. Conscients de la force du script, les interprètes se gardent bien de faire leur show. Ryan Gosling joue avec beaucoup de retenue la métamorphose d'un jeune loup idéaliste en stratège impitoyable. Clooney nous fait du Clooney, sourire en coin et voix de velours, jusqu'à cet instant glaçant où son personnage tombe le masque et crache son venin. Evan Rachel Wood se révèle particulièrement touchante dans un rôle qui aurait pu être "bateau". Paul Giamatti incarne sans forcer le trait un salopard machiavélique. Mais le plus impressionnant du groupe reste encore Philip Seymour Hoffman qui réussit à donner une épaisseur considérable (on ne rit pas svp) à son personnage en une poignée de scènes ; au bout de quelques minutes, on a l'impression d'avoir déjà passé plusieurs heures en compagnie de ce conseiller politique qui a déjà tout vécu... Un parfait exemple pour illustrer le travail d'un acteur.

Vous l'avez compris, si l'un de vos plaisirs de spectateurs est de voir une « troupe » de comédiens évoluer à un haut niveau, au service d'une histoire solide et bien écrite, ces Marches du pouvoir sont pour vous. George Clooney nous confirme avec ce film politique proche de la sensibilité du cinéma américain des seventies qu'il est un sacré directeur d'acteurs...en plus d'être un très bon cinéaste...et un superbe interprète…et un scénariste de talent...et un sex-symbol...et un gentleman...et, last but not least, la star du  film Le retour des tomates tueuses, l'un de ses tous premiers, affichant un remarquable 0% de critiques favorables au site rottentomatoes.com. Nanar, nananère.

Patrick Ramuz

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