Faire une critique objective de Limits of Control est en soi paradoxal: Jim Jarmusch, par son film, se fait le défenseur de la subjectivité et de la multiplicité des points de vue.
Il nous livre ainsi un travail très personnel qui ne plaira pas à tout le monde. Mais ce n'est assurément pas la vocation du film! Ici, pas de scénario pré mâché, digestible pour tout un chacun! Les informations sont distribuées au compte-gouttes.
On pourrait comparer le film à une bande-dessinée dans laquelle l'auteur aurait malicieusement laissé des cases blanches et confié le soin de les remplir à son lecteur. « Use your imagination » telle est la première directive donnée au mystérieux personnage incarné par Isaach de Bankolé; directive qui s'adresse en fait tout aussi bien au spectateur.
Et pour cause, l'action du film est vite résumée. L'on suit un homme mystérieux investi d'une mission dont on ne sait rien, dans un jeu de piste ponctué de rencontres toujours effectuées selon le même schéma. Les personnes ainsi croisées offrent autant de réflexions mystérieuses, exposant sous forme de monologue leurs pensées toutes subjectives quant à des sujets tels le cinéma, la science ou la musique: une galerie de personnages atypiques aux visions du monde bien personnelles.
Cette structure cyclique et les réflexions livrées lors de Limits of Control se rapprochent de la pensée bouddhiste. Le film peut aussi rappeler le cinéma contemplatif asiatiques par l'absence de narration, la rareté des dialogues, le rythme lent ou encore l'errance du protagoniste. Soulignons le fait que Jarmusch est lui-même bouddhiste et admirateur du cinéma asiatique.
La musique quant à elle s'avère particulièrement intéressante. Les compositions de Sunn O))) ou encore de Boris, aux sons saturées et psychédéliques et au tempo lent, s'accordent parfaitement à l'ambiance du film.
Le jeu des acteurs (qu'on retrouve pour la plupart dans d'autres films de Jarmusch) est en outre excellent!
Pour conclure, Limits of Control en rebutera plus d'un par son caractère hors-normes et par la récurrence de leitmotivs qui parfois, il faut l'avouer plombe le rythme du récit. Le film conserve cependant un intérêt certain et pousse le spectateur s'impliquer, à faire usage de son imagination. Plus qu'une distraction, Limits of Control est une expérience. Vous voilà avertis.
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