

La fribourgeoise Félicie Haymoz et le vaudois Elie Chapuis, également engagés sur Max & CO, ont travaillé respectivement en tant que designer et animateur sur Fantastic Mr. Fox. Ils étaient à Fantoche pour nous parler de leur expérience sur le film de Wes Anderson.
Fantastic Mr. Fox est un film fabuleux et il est difficile de comprendre pour quelles raisons il n’est passé que par la case DVD dans nos régions. Tout d’abord, l’humour et le sens du rythme que le réalisateur américain a su donner à son premier essai dans le monde de l’animation sont tout bonnement exceptionnels. Les gags et situations coquasses s’enchaînent sans laisser de répit au spectateur. Ensuite, d’un point de vue technique, le travail accompli est prodigieux. Alors que les images en 3D créées à l’ordinateur constituent la majorité des films d’animation actuels, Wes Anderson a préféré s’attaquer à la « stop motion », à l’aide de marionnettes. Félicie Haymoz et Elie Chapuis commentent d’ailleurs ce choix en disant que Wes Anderson a eu comme principale influence Le Roman du Renard, film d’animation réalisé dans les années 1930 par Ladislas Starevitch. Félicie Haymoz raconte : « lorsque nous sommes arrivés à Londres et que ce film nous a été montré, beaucoup ont été choqués, eux qui venaient de travailler sur Corpse Bride de Tim Burton, de voir que Wes Anderson avait choisi ce vieux film comme référence principale. » Elie Chapuis ajoute : «Wes voulait absolument que le spectateur se rende compte qu’il s’agit de marionnettes, et que tout n’est pas parfait comme pourrait l’être un film en images de synthèse de nos jours. C’était très important pour lui. » Et oui, tout n’est donc pas parfait ou crédible dans Fantastic Mr. Fox. Les plus attentifs remarqueront par exemple que la fourrure des personnages semble bouger toute seule étant donné que les animateurs ne pouvaient pas contrôler chaque poil avant de réaliser chaque plan… Mais ces petits aspects irréguliers donnent encore un charme supplémentaire à l’ensemble. En ce qui concerne la méthode de travail de Wes Anderson, il est intéressant de savoir que le cinéaste n’aura été que très rarement présent avant et pendant le tournage, les instructions se faisant donc par téléphone ou e-mail. Félicie Haymoz, qui a dessiné de nombreux personnages du film (dont Fox himself), n’aura par exemple rencontré ce dernier que pour une petite réunion de 15 minutes. « Cela restera un grand moment de ma vie » plaisante-elle. Le tournage, avec une vingtaine d’animateurs, aura lui duré 13 mois, un temps plutôt court pour un film de cette durée. Et le résultat de ce travail est précieux.
Quelques mots encore sur un homme à qui Fantoche a décidé de rendre hommage cette année : Don Hertzfeld. Cet Américain de 33 ans, même s’il n’est pas encore forcément très connu du large public en Europe, est déjà considéré comme une légende dans le monde de l’animation. Il suffit de regarder Billy’s Balloon, l’un de ses premiers grands succès, pour se rendre compte du talent du garçon. Le dessin et la technique utilisés sont simples mais l’humour subversif de ce court-métrage dans lequel des enfants se font attaquer par des ballons, est irrésistible. Suite à ceci, Don Hertzfeld s’est fait approché pour réaliser des pubs. Mais non ! Ce dernier choisit de ne pas se donner de limites en tant qu’artiste et répond avec un autre chef d’œuvre du genre : Rejected. Ce court-métrage, à nouveau très drôle, montre des essais d’animation qui auraient tous été rejetés en tant que publicité. Rejected lui vaudra une nomination aux Oscars en 2001. Depuis, Don Hertzfeld continue de travailler en restant très indépendant. Pour notre plus grand plaisir !
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