

Dans le monde de l’animation, suisse mais pas seulement, il est considéré comme un des tout grands, voire comme une légende. Normal : Georges Schwizgebel, né en 1944 à Reconvillier, crée des court-métrages d’animation depuis plus de trente ans avec toujours autant de passion et de maestria. Couronnés de prix dans les festivals à travers le monde, ses films sont des peintures animées, dont les caractéristiques sont le mouvement et la musique. Présent au Festival Fantoche 2011, où son nouveau court, « Romance », était en Compétition Internationale et Suisse, Georges Schwizgebel a eu la gentillesse de répondre à nos questions, quelques minutes avant de participer aux Swisstalks dédiées à la situation de l’animation en Suisse. Si vous vous intéressez à l’animation et que vous ne connaissez pas encore ce monsieur, c’est le moment de découvrir son œuvre !
Qu’est-ce qui vous a amené vers le monde de l’animation ?
J’ai une formation de graphiste, j’ai aussi fait les beaux-arts, de la peinture et ce qui m’a intéressé dans l’animation, c’est les images, les films que j’avais vus au Festival d’Annecy. Pas tellement les cartoons ; je n’ai pas une culture de cartoon. Les recherches visuelles, c’est plutôt ce qui m’a intéressé d’abord. Cela me convenait bien : les images, la musique et le mouvement ensemble. Allier des problèmes techniques à des problèmes artistiques.
Tout votre temps est désormais dédié à l’animation…
Oui. Au début que j’ai commencé à faire des films d’animation, j’ai continué ma profession de graphiste parce que cela ne rapportait pas du tout d’argent. Je faisais plutôt des films d’animation dans mes temps libres. Ensuite, il a été possible d’avoir des subventions. Lentement j’ai aussi pu travailler pour la télévision, en tant qu’indépendant, pour faire des génériques. Petit à petit, c’est devenu mon métier à plein temps que j’ai depuis une trentaine d’années.
Les mouvements caractéristiques de vos films peuvent-ils être comparés aux mouvements de caméras des films réels ?
Bien sûr ! J’aime beaucoup voir la fiction, le montage dans les films de prises de vue réelles. Simplement dans l’animation on peut inventer ou créer des mouvements de manière assez libre. J’attache beaucoup d’importance à ça, il est vrai : les mouvements de caméras, même s’ils sont dessinés.
Quelle fut l’envie à l’origine de « Romance » ?
La musique. Cette sonate de Rachmaninov, ce mouvement en scherzo, avec des mouvements lents et rapides. J’ai essayé de l’interpréter en dessin si on veut. J’ai tenté de raconter une histoire avec ce scherzo. J’ai donc repris la même structure que la musique et puis il y a un flashback lorsque la musique reprend.
Est-ce toujours la musique qui influence les images chez vous ou est-ce que l’inverse arrive aussi ?
Il y a à peu près la moitié des films où je suis parti d’une musique et où le rythme est donné par la musique. Autrement j’ai aussi fait des films avec une idée ou sans idée musicale précise, et j’ai demandé à un musicien de composer soit d’après le film déjà terminé, soit d’après le scénario ou l’idée de départ.
Le film s’appelle « Romance », la musique est romantique : avez-vous eu d’autres influences de l’époque romantique pour ce court-métrage ?
J’ai lu un peu sur ce scherzo et bien sûr c’est de la musique romantique. Mais j’ai plutôt cherché un scénario qui corresponde au déroulement de cette musique et j’étais attiré par la romance. Mais la musique ne parle pas vraiment de ça. Et d’ailleurs pour les spectateurs, chacun voit ce qu’il veut.
Le rêve : une fascination particulière ?
Oui parce que j’aime bien essayer de passer d’une image à l’autre dans la logique d’un rêve. Même si c’est absurde ce que l’on raconte, visuellement ou mentalement, ça paraît logique.
Combien de temps avez-vous pris pour réaliser « Romance » ?
Dans ce cas, cela m’a pris 22 mois et demi. En général, je mets un peu plus de deux ans pour faire un film ou un peu moins, selon le minutage.
Et votre famille vous a aidé…
Oui c’est mon fils et ma fille qui jouent la musique. Mon fils au piano et ma fille au violoncelle. Mon fils a déjà plusieurs fois joué dans mes films.
Comment percevez-vous l’animation en Suisse ?
Il y a de plus en plus de très bons films, notamment de Lucerne, où il y a une très bonne école. Depuis une dizaine d’années, il y énormément de très bons films. D’ailleurs on voit dans les festivals internationaux, il y a beaucoup plus de films suisses sélectionnés qu’avant. C’est bien ! Simplement, question financement, cela pose un problème non seulement parce qu’il y a de plus en plus de films qui méritent d’être financés mais aussi parce que tout est en train d’être remis en question en ce moment. Il y aura beaucoup de discussions là-dessus car actuellement l’aide au cinéma est en train de changer. Peut-être en bien, peut-être en mal mais c’est une période critique.
Est-ce pour cela que vos derniers films ont en partie été produits par l’Office fédéral du Canada ?
Ce n’est pas pour cela. C’est eux qui m’ont contacté en 2002, et ils ont coproduit mes films parce qu’on s’entend bien. On y trouve tous les deux notre compte. Et quand je dis que c’est une période critique pour l’animation, ce n’est pas pour moi. Je n’ai pas tellement eu de problèmes puisque j’en fais depuis longtemps et c’est toujours plus facile pour quelqu’un qui a déjà fait ses preuves que pour quelqu’un qui commence. Même s’il fait quelque chose de très très bien, on a plus peur de se lancer sur quelqu’un d’inconnu.
Suivez-vous tout ce qui se fait dans l’animation ?
Avant je n’allais pas tellement voir les long-métrages parce que cela m’intéressait peu. Mais maintenant, il y a beaucoup de long-métrages et parmi ceux-là il y en a beaucoup d’extraordinaires. Je vais aussi beaucoup dans les festivals et je suis un peu au courant de tout ce qui sort depuis pas mal d’années.
Des coups de cœurs ?
Il y en a toujours ! Mais il y a tellement de films… Dans les longs-métrages, j’avais vraiment été épaté par Persepolis, Valse avec Bachir, Le Sens de la vie pour 9,99 $. Dans les court-métrages j’aime beaucoup Igor Kovaliov. Son nom me vient parce que j’admire ce qu’il fait mais il y en a plein d’autres !
Des projets ?
Oui, j’ai commencé un nouveau projet sur Jean-Jacques Rousseau. C’est un film très court, de trois minutes. C’est pour une série de films. Ils ont demandé à beaucoup d’élèves et à des réalisateurs confirmés de réaliser un film de trois minutes. Pas en animation mais en images réelles. C’est à cause du tricentenaire de Rousseau, qu’il y aura en 2012. Mon film d’animation fera partie de cette série et devra être fini pour le printemps prochain.