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Fantoche 2010, 10 septembre. "Logorama" et Jonas Odell
11.09.2010

Il est toujours intéressant de découvrir la vision d’un artiste sur grand écran. Mais il est parfois encore plus intéressant de savoir comment celui-ci a pensé et conçu son œuvre. Fantoche nous offre cette année la possibilité, dans la section « Making of », d’entendre des artistes parler de leurs films. Toutes questions étant bienvenues, l’exercice en devient plus passionnant que n’importe quel bonus DVD.

Making of Logorama
logorama_Ronald.jpg

Assurément, Logoroma est l’une des découvertes les plus jouissives qu’il nous ait été donné de visionner à Fantoche. Mais il faut avouer que ce court-métrage des Français Hervé de Crécy (Jury Internationale cette année), François Alaux et Ludovic Houplain ne peut pas forcément être comparé à certains courts-métrages en compétition, réalisés par des étudiants avec peu de moyen. Avec Logoroma, on se trouve plutôt dans la catégorie « Blockbusters » des courts-métrages d’animation. Et en effet, ce film de 20 minutes, composé d’environ 2'500 logos publicitaires bien connus, a été construit comme un film d’action américain. L’histoire est simple mais diablement efficace : dans une ville (ressemblant fortement à Los Angeles) où tout n’est que logos, Ronald McDonald est un vilain sans scrupules. Mais les flics Michelin n’ont pas l’intention de le laisser faire. Une folle poursuite débute alors, détruisant au passage une grande partie de la ville… Autant dire que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Il y a beaucoup d’humour, les images sont magnifiques – on s’amuse volontiers à reconnaître le plus de logos possibles – et le son est énorme – l’ingénieur du son provenant d’Hollywood. Evidemment, avec ce potentiel, ce court-métrage est vite devenu célèbre. Tout d’abord présenté et primé à Cannes en 2009, Logoroma a ensuite remporté l’Oscar du meilleur court-métrage en 2010. Rien de moins. Hervé de Crécy et François Alaux ont encore les yeux plein d’étoiles lorsqu’il se remémore ce beau destin : « je me sentais comme un enfant, à la cérémonie des Oscars à côté de George Clooney et plein d’autres stars » dira François Alaux. Et il aura fallu beaucoup de temps à Hervé de Crécy pour réaliser que leur court avait effectivement remporté l’une des récompenses les plus prestigieuses au monde. Evidemment, la question qui se pose très vite en regardant Logorama est la suivante : comment ont-ils fait d’un point de vue légal pour intégrer autant de logos protégés par des copyrights ? Hervé de Crécy et François Alaux n’hésitent pas à dire que leur producteur a pris beaucoup de risques en tentant l’aventure puisque aucun accord n’a été demandé aux firmes citées. On imagine par exemple que le géant McDonald’s n’aura pas été très heureux de découvrir sa mascotte façon psychopathe, entre le Joker et Chucky. Cependant, il faut savoir qu’à côté des lois de copie, il existe également des droits de parodie et d’expression. A ce moment-là, lequel de ces droits est le plus fort ? L’équipe de Logorama a misé sur le deuxième. Ensuite, pour se protéger, les trois réalisateurs ont voulu que leur film soit projeté pour la première fois dans un grand festival. Quoi de mieux que Cannes ? Hervé de Crécy explique : « si une firme avait voulu nous attaquer après que le film ait remporté un franc succès à Cannes, cela aurait certainement prêté préjudice à leur image ». Au final, Logoroma s’en est sorti sans soucis. Et il aurait été bien dommage que ce travail de 5-6 ans soit censuré. Comme on le disait, Logorama est très divertissant mais n’oublions pas qu’il y a aussi là derrière une réflexion sur le capitalisme et notre monde, toujours plus envahi de pubs. Malheureusement, Hervé de Crécy nous a confié à la fin qu’il n’était pas possible de se procurer le film en DVD puisqu’il leur est interdit de se faire de l’argent sur le dos de marques : « mais le film est trouvable sur ITunes »… A bon entendeur.

Jonas Odell et Tecknarna Studios
franzferdinand.jpg

Nous avions déjà mentionné le nom de Jonas Odell, son court-métrage en Compétition Internationale, Tussilago, nous ayant fait une forte impression. Sachez que l’homme n’est pour le moins pas un débutant dans l’animation. La présentation qu’il a faite de son studio Tecknarna nous l’a prouvé. Fondé en Suède en 1981 par lui-même, alors encore très jeune, et deux autres compères, ce studio d’animation basé à Stockholm et à New-York est désormais l’un des plus réputés au monde, bien qu'encore petit. Voyez plutôt : Jonas Odell a réalisé des clips vidéos pour U2 (voir "Windows in the Skies") ou Franz Ferdinand (voir "Take me Out"). Mais les Rolling Stones ou Madonna ont également frappé à la porte du studio… Enfin, Tecknarna a également travaillé dans le monde de la publicité (pour de très grosses marques que nous ne mentionnerons pas…) ou de la télévision (Cartoon Network, …). Il fut encore une fois passionnant d’entendre Jonas Odell parler des son travail mais également de voir certains de ses autres courts-métrages, dans la même veine que Tussilago (basé sur des interviews réelles).

Auteur: Fabio Gramegna