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Locarno 09
10.08.2009
Reflets de trois films de la rétrospective "Japan Impact"

Cette année, le cinéma d'animation japonais est à l'honneur à Locarno. Et c'est l'occasion pour les festivaliers de se (re)plonger dans des films qui ont marqué des générations, qui ont posé leur marque sur le cinéma mondial, ou qui ont simplement apporté leur pierre à l'édifice du cinéma d'animation nippon. Voici un tour d'horizon des petites merveilles que l'on peut voir – ou revoir, pour certains – ces jours à Locarno, avec trois films.

Cowboy Bebop the Movie: Knockin' on Heaven's Door de Shinichiro Watanabe (2001)

Ne connaissant pas la série animée homonyme ayant servi de base pour le film, je me suis rendu à la projection un poil inquiet, avec la peur d'être largué, ou de louper la plupart des références. Heureusement pour moi, le film de Shinichiro Watanabe est également destiné aux néophytes de l'univers de Cowboy Bebop, les ménageant sans leur balancer des tonnes d'informations à la fois. Pourvu d'une animation de très bonne qualité – ce qui n'a rien aucun rapport avec la date récente du film, puisque « Summer Wars », film d'animation japonais qui concoure dans la compétition internationale cette année, s'avère bien pauvre en comparaison de ce film, bien qu'il date de 2009 – le film développe un scénario creusé, évitant les clichés des films de ''duel'' entre deux ennemis. Ici, pas de robots géants qui détruisent les planètes, mais des nanomachines qui investissent le corps humain, tel un virus capable d'anéantir une ville en un temps record (on remarque que le film de Summer « G.I. Joes », sorti il y a quelques jours seulement, se base sur un pitch plus ou moins similaire). Les combats rivalisent en ingéniosité technique et violence visuelle, tout en parvenant à créer des réels enjeux, ce qui se révèle être souvent le défi des productions animées. Les deux heures du film défilent très rapidement, grâce au rythme soutenu du film et à ses touches d'humour, qui contrastent avec la noirceur de certains propos soutenus dans le long-métrage. A peine sorti du film, je n'avais qu'une seule envie: plonger dans la série pour prolonger l'expérience!

Mes Voisins les Yamadas de Isao Takahata (1999)

Clôturant l'hommage consacré à Isao Takahata (qui a reçu cette année un Léopard d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière), « Mes Voisins les Yamadas » se distingue des autres films d'animation habituels par son aspect graphique, ainsi que pour son scénario. Se déroulant au sein d'une famille moderne japonaise, le film est doté d'un visuel très particulier, puisque les images sont dessinées à l'aquarelle et brouillonnes, à l'image d'un sketchbook, conférant à cette épuration des dessins un aspect intimiste. Le spectateur est invité à rencontrer cette famille particulière, composées des deux parents, des deux enfants et de la grand-mère; à découvrir leur interaction. Présenté comme un amalgame de petits sketchs, le film se fractionne en différents sous-parties, souvent liées par une thématique (le rapport entre le père et son fils, entre les deux femmes) ou des cas particuliers (l'enfant oublié au super-marché, l'égoïsme d'un des membres de la famille). Si cette narration fractionnée du film pourrait déconcerter certains spectateurs, elle permet néanmoins d'aborder des sujets de la vie quotidienne, avec émotion et/ou humour. Et là est la force de Takahata, à savoir de ne jamais sombrer dans la redite, avec un pourtant un esthétisme à l'apparence simpliste et limité, mais qui prouve plus d'une fois son ingéniosité technique (le coucher de soleil, énorme prouesse d'animation) et la légèreté avec laquelle sont abordés des sujets plus sérieux. Takahata, souvent sous l'ombre de son compère Miyazaki, n'a rien à lui envier. Une très grande réussite.

Belladonna of Sadness de Eiichi Yamamoto (1973)

Malgré les quelques problèmes techniques qui ont précédé la projection, « Belladonna of Sadness » a pu démarrer et ouvrir son univers particulier aux spectateurs. Particulier, en effet, puisque ce film d'animation use avant tout de dessins fixes plutôt que des animations à proprement parler, à la manière de documentaires historiques. Déroutant, certes, mais d'une beauté indéniable. Entre peinture vivante et croquis, cette « Belladonna of Sadness » témoigne d'un esthétisme sublime, qui orchestre parfois des séquences violentes et déroutantes. Mais même dans la violence de certaines scènes, une part de poésie s'impose souvent, transformant la crudité visuelle en explosion artistique. Malheureusement, le support de projection n'était pas une copie 35mm, voire une Beta Digital, mais une pauvre copie DVD. Inutile de préciser, donc, que le rendu visuel en était grandement appauvri. Le défilement des images était particulièrement pénible pour les yeux, puisqu'il saccadait constamment. Dommage.

Auteur: Loïc Valceschini