

Comme nous l'avions abordé dans la présentation de la 62ème édition du festival du film de Locarno, la manifestation accueille cette année dans ses murs une rétrospective aussi importante que plaisante, consacrée au cinéma d'animation japonais. En plus des projections journalières plutôt conséquentes – qui jonglent entre films et épisodes de séries – le festival organisait hier soir une soirée spéciale ''manga'' sur la Piazza Grande, projetant quatre films à la suite.
Le film ayant ouvert la soirée est « Mobile Suit Gundam » de Yoshiyuki Tomino, datant de 1981. Il s'agit en réalité du premier long-métrage adapté de la série homonyme, qui voit un univers futuriste mis en péril par une organisation, attaquant les colonies pacifistes avec leurs robots géants. Tomino, qui a d'ailleurs reçu un Léopard d'Honneur hier soir pour l'ensemble de sa carrière, injecte beaucoup de vitalité dans ce film qui jouit d'un certain dynamisme. Malheureusement, ce soir-là, le volume sonore sur la Piazza était bien trop fort, transformant les claquements de porte en bombe atomique pour les oreilles. De plus, les voix devenaient trop vite criardes, irritantes, notamment pour les personnages à la voix aiguë. L'animation du film s'avère plutôt marqué par son époque (plans statiques économiques; couple de cadres qui se déplacent, floutant l'arrière-plan), et le long-métrage souffre d'un scénario cyclique, réorchestrant le même déroulement de l'action, seulement avec des légers changements. Ceci dit, ce « Mobile Suit Gundam I » possède un charme indéniable, qui a sûrement conquis le coeur des fans et les amateurs du genre.
Après une courte pause, c'est au tour de « La Maison en petits Cubes » d'être projeté. Bien que le titre puisse ne rien vous dire, ce court-métrage de 17 minutes à néanmoins remporté cette année l'Oscar du meilleur film d'animation. Et cette fois-ci, l'académie prestigieuse ne s'est pas mise le doigt dans l'oeil en remettant une de leurs célèbres statuettes au réalisateur Kunio Kato, puisque son film est une vraie petite perle. Jouissant d'une animation splendide – qui rappelle d'ailleurs « Les Triplettes de Belleville » – le film développe un concept fabuleux (que j'éviterai de traiter dans ces lignes, pour ne pas gâcher le plaisir des lecteurs), qui nage dans une nostalgie poétique fabuleuse. Le tour de force de Kato reste d'émouvoir le spectateur en seulement quelques minutes, démontrant le talent du réalisateur dans son traitement du protagoniste. En bref, « La Maison en petits Cubes » est un chef-d'oeuvre que je vous recommande à tout prix. Ensuite s'en est suivi la projection de « First Squad: the Moment of the Truth », réalisé par Yoshiharu Asino. Le film est une libre adaptation de « Pioneer Heroes » un comicbook russe datant des années 80, qui mélangeait le style graphique japonais avec le style d'écriture des Russes. Comme le ventre de votre rédacteur se plaignait, il n'est pas resté à cette projection.
Mais, de toute façon, c'est avec le quatrième et dernier film que la soirée manga prit toute son ampleur, avec le mythique « Akira » de Katsuhiro Otomo, l'un des pionniers de l'animation japonaise. Bien que de nombreuses personnes eussent déjà décampé, (il était déjà 2h du matin), l'ambiance était présente et les fans se faisaient bien entendre. La copie du film, une bêta digital, était d'une qualité incroyable, tout comme le son, optimal, qui faisait trembler les façades entourant le site de la Piazza Grande. Plaisir immédiat, donc, pour tous les amants du film, qui ont pu redécouvrir « Akira » dans des conditions exceptionnelles. Amants qui, d'ailleurs, devaient fortement envier les chanceux qui découvraient cette immense oeuvre pour la première fois.