Critique

Tonnerre sous les Tropiques

 
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Co-scénarisé par le comédien Justin Theroux, Etan Cohen (à ne pas confondre avec le réalisateur!) et par Ben Stiller himself, Tropic Thunder est la quatrième réalisation de ce dernier, qui signe ici une satyre de l'industrie cinématographique hollywoodienne. En effet, sans réelle grande finesse, le long-métrage aligne parodies, moqueries et hommages de tout ce qui a trait à Hollywood, en passant des citations et codes filmiques au comportement de certaines personnes liées au cinéma. Le film s'ouvre sur une suite de trois fausses bande-annonces, toutes très drôles, qui se moquent ouvertement de genres cinématographiques en vogue actuellement sur le sol américain. On y retrouve donc le gros blockbuster bourrin aux répliques cinglantes, qui jouit d'un nombre incalculable de suites, la comédie familiale grasse et débilisante, et enfin, le drame au sujet tabou, véritable aimant à toute récompense (Oscar en tête). S'ensuit alors une scène incroyable, qui plante rapidement le décor, en parodiant d'une façon hilarante plusieurs films de guerre cultes. On y retrouve le balai des hélicoptères de Predator, la douche de napalm d'Apocalypse Now, la mort d'un soldat, qui tombe à genoux au ralenti de Platoon ou, encore, l'utilisation à outrance de violence et d'éléments gores, qui rappelle certains longs-métrages visant l'hyper-réalisme, comme par exemple Il faut sauver le soldat Ryan.

Bien qu'il semble s'acharner sur un genre précis, Tropic Thunder ratisse bien plus large, puisque le pastiche va au-delà d'un genre précis; il s'attaque également au métier d'acteur et à ce qui l'entoure. Ainsi, la prétention qui habite certains acteurs est fortement ridiculisée, notamment via le personnage qu'incarne magistralement Robert Downey Jr. (Kiss Kiss, Bang Bang, Iron Man). Celui-ci usurpe la posture et la diction d'un noir et la caricature, ce qui ajoute un côté complètement décalé au film. Comme à l'accoutumée, Ben Stiller campe un personnage niais et naïf, mais un personnage nécessaire à la narration, puisque sans lui, l'intrigue n'évoluerait tout simplement pas. Quant à Jack Black (King Kong, Be Kind Rewind), dont les mimiques habituellement écoeurantes sont cette fois-ci restreintes, il incarne l'archétype de l'acteur victime de son succès, cocaïnomane et complètement dépendant, qui possède d'ailleurs un traitement superficiel.

Le film contient les composantes typiques d'un film de guerre cliché, comme une forte dose de machisme, des blagues sexistes et/ou racistes gratuites, ainsi qu'une certaine différence physique/psychologique entre les soldats. Tout est donc présent, ce qui permet à Stiller de s'amuser avec ces différents codes, faisant parfois mouche, et parfois en visant complètement à côté. C'est justement cela le gros défaut de Tropic Thunder: il détient des scènes d'ores et déjà anthologiques, des répliques qui claquent, des personnages intéressants, mais il souffre cruellement d'une structure qui tienne le rythme pendant toute la durée du film. On ressent trop fortement les passages clés des scénaristes, qui tentent de boucher les trous en les reliant avec des gags souvent poussés et puériles. Enfin, certains décisions laissent franchement à désirer, comme le choix de placer un tout jeune garçon comme chef des terroristes, ce qui s'avère plus ridicule que comique. Cela dit, bien que Tropic Thunder comporte un certains nombre de défauts agaçants, il en vaut tout de même le détour au cinéma, rien que pour sa scène d'ouverture jubilatoire, l'excellente prestation de Robert Downey Jr., certaines séquences hilarantes, ainsi que pour ses fausses bandes-annonces d'introduction qui présentent immédiatement le ton du film, à savoir la parodie de l'industrie hollywoodienne; un univers aussi hypocrite qu'égocentrique.

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