Berlinale 2022 : Ran Tal et l’éthique du cinéma

Juste avant de partir pour Berlin, nous avons eu la possibilité de parler, via Zoom, avec le cinéaste Ran Tal, dont le nouveau long métrage documentaire 1341 Frames of Love and War est présenté en première mondiale dans la section Berlinale Special.



C’est le portrait du photographe Micha Bar-Am, à travers ses images à lui: on ne voit que certains de ses clichés (1341, comme dit le titre du film), avec le commentaire de Bar-Am et son épouse. «Je suis curieux de voir la réaction du public», nous dit Tal. «Je ne sais pas comment ils vont trouver le film, puisque ce n’est que des images fixes.» Et comment maintient-on l’aspect dynamique du cinéma lorsqu’on travaille sur un projet pareil? «Je ne sais pas. C’est à vous, les spectateurs, de me dire si j’ai réussi.»


Comment s’est fait le choix du sujet et de la manière de le raconter? «Je connais Micha depuis des années, et ça rentre dans l’idée d’une trilogie inaugurée avec mon film précédent. J’ai décidé tout de suite de montrer uniquement les images de Micha, ce témoignage précieux de notre époque. Le choix des photos s’est fait sur la base de ce qui était numérisé dans ses archives personnelles, qui sont très vastes. J’ai d’abord enregistré le commentaire, et certaines images accompagnent directement les deux voix. Il y a tellement de matériel qu’on pourrait faire plusieurs films à partir des mêmes archives, sans jamais en réaliser deux avec une sélection identique.»


De nos temps, on parle beaucoup de l’aspect éthique du cinéma, et le film commence avec une réflexion sur le lien entre l’art et les atrocités, en mentionnant des propos de Goya. Quel est l’avis de Ran Tal là-dessus? «Pour moi, il n’y a pas de critère objectif, universel. Chaque individu doit juger jusqu’où vont les limites de son sens éthique. J’ai abordé la question avec Micha, d’ailleurs: il m’a raconté que, lorsqu’il a assisté au massacre de Sabra et Chatila, au Liban en 1982, il s’est dit qu’il n’avait pas besoin de tout photographier.» On finit avec les deux questions habituelles : quels films aime-t-il voir en salle en tant que spectateur, et quel est le dernier film qu’il a particulièrement aimé au cinéma? «Sans doute Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson. Une œuvre époustouflante. Quant à la première partie de la question, je suis ouvert à tout. Tant que le film est bien fait, je ne fais pas de distinctions ou discriminations par rapport au genre ou quoi que ce soit.»

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