Cannes 2026: quatre ouvertures
- Max Borg
- il y a 38 minutes
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Notre chroniqueur cannois revient sur les projections inaugurales de la Sélection Officielle, Cannes Classics, Quinzaine des Cinéastes et Semaine de la Critique.

Le Festival de Cannes, ce n’est pas qu’une ouverture, mais plusieurs. Les séances de gala pour l’inauguration de la kermesse sont une vieille coutume en ce qui concerne la Sélection Officielle (Compétition ou Hors compétition, ainsi que le Certain Regard), la Quinzaine de Cinéastes et la Semaine de la Critique. Depuis 2021, il y a aussi un cinquième créneau, l’après-midi du premier jour, pour Cannes Classics, la section consacrée au cinéma de patrimoine. Hormis le Certain Regard, difficile à réserver car film très attendu (le nouveau long métrage de Jane Schoenbrun, qui avait séduit les festivaliers dans le monde entier en 2024 avec I Saw the TV Glow), nous avons suivi toutes ces ouvertures.

On a commencé, donc, avec Cannes Classics qui, cette année, a décidé de mettre à l’honneur dans la Salle Debussy un film assez récent: Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, présenté sur la Croisette il y a vingt ans. À l’époque, ce fut le dernier film de la Compétition ; cette année, c’était la première projection du festival. Le cinéaste mexicain, accompagné par l’actrice Ivana Vaquero, a évoqué un tournage difficile («Mon film le plus difficile à aboutir après Mimic, qui était produit par les frères Weinstein») et souligné l’actualité de son conte de fées qui se déroule en Espagne en 1944. Sublimissime dans cette nouvelle version 4K qui, d’après le réalisateur, sera distribuée en salle à la rentrée.

L’ouverture à proprement parler, c’était, encore une fois, un film français, conséquence presque inévitable de la règle qui veut que le film inaugural de Cannes sorte dans le cinémas de l’Hexagone le même jour. Le choix est tombé sur Pierre Salvadori (venu à la Quinzaine en 2018 avec le très drôle En liberté !) et son nouvel opus La Vénus électrique, comédie dramatique sur le deuil et comment on communique, d’une manière ou l’autre, avec les personnes qui ont quitté ce monde. Déjà sorti en Suisse romande aussi, le film est sympathique et charmant, arrivant à s’appuyer sur un bon groupe d’acteurs (Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vima Lapons) pour compenser les passages les plus prévisibles du scénario.

Côté Quinzaine, la première véritable déception de cette édition cannoise: Butterfly Jam, le troisième long métrage du cinéaste russe Kantemir Balagov. Venu deux fois au Certain Regard avec Closeness (2017) et Beanpole (2019), les deux lauréats du Prix FIPRESCI, il s’est déplacé dans la section indépendante avec son premier film tourné en anglais, ayant quitté la Russie pour la Californie en 2022 suite à la guerre en Ukraine. Ça se passe dans le New Jersey, dans la communauté Tcherkesse (un peuple du nord-ouest du Caucase), et l’aspect culturel est parfois intéressant. Le reste est, hélas, plutôt confus, même si la fin contient une blague assez réussie.

Enfin, la Semaine, inaugurée pour la première fois par un film d’animation. Il s’agit du long métrage In Waves, adaptation du roman graphique du même nom d’AJ Dungo, qui y raconte sa propre vie – et plus précisément sa relation avec une surfeuse, Kristen – ainsi que l’histoire du surf dans le contexte hawaïen. Nous avons vu la version en anglais, avec les voix de Will Sharpe et Stephanie Hsu, tandis que dans la VF le public entendra Rio Vega et Lyna Khoudri. Reste inaltéré le talent de la réalisatrice Phuong Mai Nguyen, qui signe un portrait passionnant et visuellement riche de la fluidité de l’existence, incarnée par les ondes qui dominent les vies des deux protagonistes. Première sacrée claque de Cannes 2026, et vraisemblablement pas la dernière.


