Critique de Hope
Dernière mise à jour : il y a 6 minutes
Note : 3,5/5
Na Hong-Jin enflamme la Croisette avec Hope, son nouveau long-métrage à la croisée du thriller horrifique, du film d’action et de la science-fiction. Une œuvre jouissive, mais dont l’exécution se révèle parfois laborieuse.

Dans la campagne de Hope, un groupe de chasseurs découvre la carcasse d’un taureau, éviscéré et lacéré de profondes marques de griffes. Un ours, un tigre, ou encore une mystérieuse « chose » : les hypothèses se multiplient pour expliquer ce massacre. Quelques heures plus tard, le village est à son tour le théâtre de scènes de destruction d’une ampleur bien plus inquiétante. Les habitations sont ravagées, les morts jonchent les ruelles, le constat est sans appel : une créature monstrueuse sème la terreur, détruisant tout sur son passage.
Un premier acte exaltant : Mais qui est ce monstre ?
La mise en place du récit constitue sans doute le point fort du film. Hope s’articule autour d’une enquête à deux versants pour comprendre la nature de cette chose qui sème la zizanie dans le village. D’un côté, le chef de la police arpente les ruelles dévastées, carabine à la main. Des cris retentissent, des voitures voltigent, d’immenses crevasses éventrent les bâtiments et les cadavres jonchent les rues. De l’autre, un groupe de chasseurs s’enfonce dans la forêt, aux abords du village, à la recherche de cette créature insaisissable.
Cette première partie, qui s’étire sur près de cinquante minutes sans jamais dévoiler le monstre, est sans doute la plus réussie du film. Elle maintient une tension palpable, nourrie par l’inconnu. Un témoin décrit la créature comme une chose immense, dotée de deux bras et de deux jambes, à la texture d’une bouillie de lentilles et à l’odeur de poisson. Une description aussi absurde qu’intrigante, qui attise notre curiosité : on s’imagine le monstre, on échafaude des hypothèses et l’on trépigne à l’idée de le découvrir.
La mise en scène se révèle particulièrement ingénieuse : le monstre reste hors champ, tandis que des habitants fuient à sa vue, que des voitures s’envolent et que les explosions se succèdent. En suggérant sa présence sans jamais le dévoiler, Na Hong-jin nourrit notre imagination et entretient un suspense dont le film tire toute sa force.
Une révélation décevante
Une fois l’enquête achevée et le monstre enfin révélé, le film opère un virage radical : le thriller horrifique cède la place à un film d’action effréné, aux allures de Mad Max: Fury Road, où s’enchaînent courses-poursuites et affrontements dignes d’une guerre du troisième type. Cette seconde partie réserve quelques séquences ingénieuses, capables de nous scotcher au siège, mais finit aussi par s’étirer. Le rythme s’essouffle par moments et le dénouement, décevant, nous laisse sur notre faim.
Une esthétique à double tranchant
L’esthétique du film constitue à la fois sa grande force et l’une de ses limites. D’un côté, les forêts d’un vert presque amazonien, d’une densité telle que chaque recoin semble pouvoir dissimuler le monstre ; de l’autre, un village plongé dans un chaos méticuleusement orchestré, presque plus beau une fois sens dessus dessous. La photographie est léchée et la mise en scène donne aux courses-poursuites une énergie grisante. La caméra restitue avec brio la vitesse du monstre, des véhicules de police et des objets projetés à travers les airs.
Mais cette maîtrise formelle se heurte parfois aux limites des effets numériques. Si le design des créatures est convaincant, certaines images paraissent baveuses, au point de rompre l’illusion et de donner par moments une impression presque amateur. Un contraste regrettable avec la précision chirurgicale des mouvements de caméra et la beauté de la photographie.
Finalement, Hope est un film coréen qui a l’audace de proposer un nouveau cinéma original et palpitant. Un petit gâteau que l’on savoure dès les premières bouchées, mais qui laisse hélas un arrière-goût écœurant.
Au cinéma le 28 octobre 2026

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